Dr TRYER
Unité
de revalidation,
Ziekenhuis
De Bijtjes,
Vlezembeek
MEDI
SPHERE / 15
Une attaque d'apoplexie influence considérablement la qualité de vie du
patient et de son entourage. Si la revalidation est un processus continu qui se
prolonge tout au long de la vie, elle doit également débuter dès l'AVC. Après une brève période d'hospitalisation
aiguë, la revalidation se poursuit dans un centre spécialisé. L'objectif, tant
pour le patient que son thérapeute, est le retour à la maison. Nous avons
abordé le sujet avec le Dr Truyer, responsable de l'unité de revalidation de
l'hôpital De Bijtjes à Vlezembeek.
Quand
commence la revalidation après un AVC?
Dr Truyer: En fait, elle débute dès l'AVC. L'un des éléments qui
a motivé la création des "stroke units' est précisément cette volonté
d'entreprendre la revalidation avec des équipes multidisciplinaires dès le
séjour en hôpital aigu. On ne peut certainement pas attendre la fin des examens
diagnostiques ou la libération d'une place dans l'unité de revalidation pour
commencer la kinésithérapie, la logopédie ou l'ergothérapie, sous peine de voir
se développer des complications (escarres, hypotension orthostatique, etc.)
susceptibles d'entraver par la suite la revalidation. Dès leur admission dans
notre service, nous voyons déjà une grande différence entre les patients qui
viennent d'une stroke unit, et qui ont donc déjà bénéficié de certains
exercices, et ceux qui sont restés alités dans un autre hôpital. Chez ce
deuxième groupe de patients, le travail de départ s'avère nettement plus
important.
Quels
patients AVC peuvent vous être adressés?
Nous faisons partie
de la troisième ligne. Les patients ayant subi un AVC nous sont envoyés par les
hôpitaux aigus de la région au sens large. Concrètement, cela signifie que les
patients que nous accueillons relèvent des cas les plus graves. Ceux qui, en
hôpital aigu, réalisent des progrès tels qu'ils sont en mesure de rentrer chez
eux après deux semaines ne sont donc pas admis dans notre unité. Bien que nous
recevions les patients les plus gravement atteints, nous parvenons quand même à
une réintégration du domicile pour 60 à 70% de ces personnes, éventuellement
après un certain nombre d'adaptations de leur environnement quotidien. L'âge moyen
de nos patients AVC est de 65 ans. Dans cette catégorie d'âge, l'objectif
principal est le retour à la maison et la récupération de capacités
fonctionnelles acceptables.
Concrètement,
en quoi consiste cet accompagnement?
Quatre semaines
après l'admission, nous organisons systématiquement une réunion en interne. A
ce moment, nous avons généralement déjà une très bonne vision des résultats
auxquels le patient parviendra ou non. Nous examinons attentivement ces données
avec la famille, qui doit décider si le patient peut ou non rentrer chez lui.
Cette décision implique la prise en compte de nombreux aspects, surtout lorsque
la personne concernée est encore très dépendante pour son fonctionnement:
"quelle est la force du partenaire?" quelles sont les conditions de
logement?", etc. Lorsque la décision du retour est prise, l'ergothérapeute
va généralement observer le domicile. Si nécessaire, il peut conseiller des
adaptations de la baignoire, de la cuisine, de l'allée, etc. Pendant la journée
« parents admis » le partenaire ou le membre de la famille concerné
peut venir s'exercer au centre (p. ex., afin d'apprendre la meilleure méthode
pour descendre de voiture). Le patient rentre ensuite chez lui pour un jour de
week-end. S'il parvient à passer une nuit à son domicile, le patient est prêt à quitter l'hôpital pour de bon.
Le
retour â la maison signifie-t-il donc la fin de la revalidation?
Non, la revalidation
doit se prolonger à la maison. Tant que la revalidation se poursuit, les
capacités fonctionnelles du patient sont susceptibles de s'améliorer. Le
kinésithérapeute et, si nécessaire, le logopède, interviennent également à
domicile. De nombreux facteurs psycho-sociaux influencent en effet le processus
de revalidation.
Quelles
sont les techniques de revalidation appliquées?
Globalement, nous
travaillons ici sur la base du traitement neuro développemental
(neurodevelopmental treatment, NDT) ou thérapie Bobath. Grâce à cette approche,
nous tentons d'inhiber au maximum la spasticité. Nous travaillons en plusieurs
phases. Il faut par exemple d'abord pouvoir se tenir correctement en position
assise avant d'essayer de se mettre debout. Dans la littérature, on constate
toutefois de plus en plus que toutes les démarches entreprises peuvent être
couronnées de succès, indépendamment de la technique employée. Par exemple, la
technique de Brünstrôm qui, au contraire, tire profit de la spasticité pour
améliorer le fonctionnement, permet à long terme d'obtenir des résultats
comparables. Les différentes techniques ont donc leurs avantages et la seule
chose qui ne sert à rien, c'est... de ne rien faire.
Quel est
l'aspect le plus important de la revalidation?
L'élément pivot de
la revalidation est sans aucun doute la communication entre les différents
thérapeutes. Ces derniers doivent collaborer de manière optimale pour offrir au
patient un contact et un traitement individualisés. Le contact humain
représente également un facteur important. Nous voyons parfois des patients qui
sont capables de se déplacer relativement bien avec l'aide de leur thérapeute,
mais n'y parviennent pas avec une autre personne de leur entourage immédiat.
Cela est dû, en grande partie, aux sentiments d'anxiété et de confiance qu'ils
éprouvent. La difficulté est de transposer le fonctionnement acquis au centre
dans la vie quotidienne à domicile.
Prévoit-on
également une thérapie de groupe?
Chaque patient a
droit à au moins 2 heures de thérapie individuelle chaque jour. Il peut s'agir
de psychothérapie, de logopédie, d'ergothérapie ou de kinésithérapie. Le traitement
s'entend toutefois au sens (très) large. Du lever au coucher, le patient doit
être encouragé à faire des choses par lui-même (se laver, s'habiller, se raser,
etc.). Nos infirmières spécialisées en revalidation sont spécialement formées
dans cette optique. Par exemple, le petit déjeuner est toujours pris en groupe.
Le contact avec les autres patients favorise considérablement l'estime de soi.
De nombreux patients sont en effet malheureux par réaction. Nous pratiquons
également les thérapies de groupe classiques: activités culinaires (acheter de
la nourriture, préparer les repas, dresser et débarrasser la table, etc.),
aérobic (en musique), exercices de mobilité des membres supérieurs et activités
sociales (lecture collective du journal, discussion sur les nouvelles du jour
précédent, etc.).
Tant que la
revalidation se poursuit, les capacités fonctionnelles du patient sont
susceptibles de s'améliorer.
Bien que nous
recevions les patients les plus gravement atteints, nous parvenons quand même à
une réintégration du domicile pour 60 à 70% de ces personnes.