PRATIQUE
CÉPHALÉES, ANXIÉTÉ ET
KINÉSITHÉRAPIE :
COMMENT S’ORIENTER ?
Corinne
Goffaux-Dogniez
Docteur
en kinésithérapie
Membre de
la Société Belge de Sophrologie et de Relaxation
Si la première
personne à consulter en cas de céphalées est le
médecin, celui-ci peut adresser dans certains cas son (sa) patient(e) au
kinésithérapeute.
Les interventions de
ceux-ci sont de différentes natures, selon les cas.
Les
recherches mettant en évidence le lien significatif entre les
céphalées et les troubles psychologiques de type
anxiété et dépression sont nombreuses.
Le
diagnostic différentiel entre céphalées de tension et
céphalées plus vasculaires
déterminera le choix du traitement médical :
anti-migraineux ou non.
Un
traitement médicamenteux non satisfaisant est souvent en rapport avec
3 facteurs : la
co-morbidité psychologique, la surconsommation de médicaments
analgésiques, les déclencheurs non-décelés.
Ce
n’est pas l’intensité des céphalées qui
détermine l’apparition de troubles psychologiques, mais
l’étalement dans le temps de la douleur. Par exemple, le cluster
headache (algie vasculaire de la face), dont la douleur est intense mais de
courte durée, n’a aucune co-morbidité psychologique. Si la
douleur est de longue durée, ou si la céphalée est
récurrente et fréquente, celle-ci s’accompagnera dans un
premier temps d’anxiété, et secondairement, si la
durée se prolonge, de dépression.
Parfois,
l’anxiété qui accompagne la céphalée
s’exprime sous forme paroxystique (attaque de panique).
Le
profil des patients céphalagiques les plus concernés par les
troubles psychologiques sont les migraineux avec aura et les personnes abusant de
médicaments.
Dans
les maux de tête récurrents, apparaît la notion de crainte
de la douleur, qui agit comme facteur psychologique jouant un rôle dans
le processus de chronicisation.
Par
ailleurs, le stress peut provoquer des tensions musculaires oro-mandibulaires
(muscles de la mastication, muscles faciaux et crâniens
péri-auriculaires) en rapport avec l’anxiété.
C’est ce que l’on observe dans les céphalées de
tension.
La
douleur de la céphalée de tension est moins intense et plus
liée à des causes psychiques que dans les autres
céphalées , c’est pourquoi on orientera plus facilement ce
type de personnes vers des traitements alternatifs de type relaxation . Les
céphalées de tension
sont souvent l’objet d’une auto-médication
(analgésiques en vente libre). Les céphalées de tension
seules ou accompagnées de migraine (migraine transformée) vont
souvent de pair avec une chronicisation du problème. Cela explique que
ce type de céphalées corresponde souvent à une
intoxication par abus de médicaments (automédication +
chronicisation).
La
chronicisation de la douleur s’accompagnant de l’apparition de
l’anxiété, la personne commence alors à consommer
des anxiolytiques de type benzodiazépines (sur prescription
médicale).
La
relaxation, en temps que thérapie de gestion du stress, permet de
diminuer l’anxiété accompagnant les céphalées
chroniques.
Elle
créera une synergie positive avec les médicaments en cas de
migraine transformée.
Outre
les céphalées de tension et les migraines transformées,
les céphalées d’origine cervicale seront traitées,
de manière tout aussi concluante par les soins de
kinésithérapie, même si leur abord sera différent.
Selon
les auteurs, le type d’anxiété qui est augmentée
chez le céphalalgique est l’anxiété-état,
l’anxiété-trait, ou les deux à la fois.
L’anxiété-trait est l’anxiété
appartenant aux caractéristiques de personnalité du sujet, tandis
que l’anxiété-état est une adaptation
momentanée à une situation donnée.
La
guérison (fin de la douleur) s’accompagne d’une diminution
d’anxiété-état et
d’anxiété-trait.
Il
est important que la personne céphalalgique soit vue par un
médecin, afin de poser un diagnostic exact.
Le
médecin neurologue est le spécialiste de référence
des céphalées.
C’est
parce que poser un diagnostic est important que, actuellement, de nombreuses
études s’attachent à définir clairement ces
critères de diagnostic, pour les céphalées d’origine
cervicale notamment. Cela permet d’orienter correctement les patients
vers les soins qui leur conviennent exactement. Toutefois, outre les migraines
transformées (migraine + céphalées de tension), de
nombreuses personnes ont des céphalées qui cumulent
différents aspects diagnostiques : migraine et blocage des
articulations cervicales hautes (C0-C1), whiplash injury et
céphalée d’origine cervicale, ou céphalée de
tension, céphalée d’origine cervicale et migraine.
Par
ailleurs, signalons un développement des céphalées chez
les enfants et les adolescents ces dernières années. Le profil
général est le même que chez l’adulte, mais la consommation
de médicaments est moindre. Lorsque l’âge augmente, les
céphalées ont tendance à devenir chroniques avec plus
d’anxiété et des risques de consommation chronique de
médicaments induisant à leur tour des céphalées par
un cercle vicieux d’intoxication.
Les
traitements physiques utilisés de manière satisfaisante pour
traiter les céphalées peuvent être axés sur la
relaxation et le massage. Cela sera particulièrement indiqué
puisque les céphalées s’accompagnent de modification des
paramètres musculaires de l’EMG .
Le
travail des points triggers s’accompagnera d’une diminution
significative des céphalées.
Les
traitements vertébraux sont peu utiles en cas de céphalées
de tension, mais par contre très recommandables en cas de
céphalées cervicales. Toutefois, dans ces 2 types de
céphalées, la kinésithérapie sera utilisée
avec succès, apportant des résultats significatifs de diminution
de l’intensité de la douleur, et de normalisation musculaire
(EMG). Le traitement vertébral pourra s’avérer utile
également en cas de migraine où on peut trouver un blocage
cervical haut dans 1/3 des cas ; notons que, dans ce cas, le traitement
apporte une diminution significative de l’intensité des
céphalées et de l’anxiété.
En
cas de céphalées d’origine cervicale, les exercices de
maintien de la colonne seront intéressants.
En
cas de perturbation de l’articulation de la mâchoire, parfois
objectivable par RX, les soins de kinésithérapie, peuvent
être couplés à une mise au point dentaire.
La
kinésithérapie peut éviter de devoir avoir recours
à des appareils inconfortables et onéreux.
Les
migraineux ayant une réponse hormonale à l’exercice qui
leur est propre
(norépinéphrine et épinéphrine)
et explique leur intolérance à l’exercice physique intense,
il importe d’en tenir compte en rééducation .
Enfin,
en cas de vertiges, on peut travailler la détente musculaire et la
détente psychologique
et rappelons d’ailleurs
que Maigne décrit des vertiges dus uniquement à des tensions
musculaires cervicales; il peut s’agir d’un problème
sympathique (syndrome de Barré-Lieou ) qui répondra bien à
la relaxation et à une réharmonisation cervicale ; s’il s’agit par contre ou en
plus d’un problème vestibulaire associé aux migraines, on
conseillera une rééducation vestibulaire .
A propos des vertiges, notons aussi les cas
particuliers de personnes qui présentent des déviations nettes de
l’axe inter-auriculaire (pour des raisons rhumatismales par exemple).
Cette déviation de la position de la tête (perte de la ligne
gravitaire) peut créer des perturbations importantes de
l’équilibre.
Ce
qu’il faut retenir :
La
migraine, la céphalée de tension, la céphalée
d’origine cervicale seront traitées différemment. Le whiplash-injury
donnera lieu à un traitement spécifique. Parfois plusieurs types
de céphalées cohabitent chez une même personne, parfois
encore des vertiges peuvent y être associés.
Les
céphalées chroniques seront abordées différemment
encore, à cause des liens entre la douleur chronique et les répercussions
psychologiques.
L’orientation
vers la discipline de kinésithérapie, ou médicale la mieux
adaptée au problème est important en cas de
céphalée.
Après
avoir d’abord consulté le médecin, celui-ci vous orientera
vers le professionnel le mieux adapté au problème.