PRATIQUE
UN AUTO-DRAINAGE SIMPLE ET EFFICACE
DES ŒDÈMES DES MEMBREs
S. Theys
(Clin. Univ.
Godinne ; UCL ; B-5530 Yvoir)
Tout déficit du
drainage lymphatique évolue vers la formation d’un œdème soit par pléthore,
soit par carence selon qu’il y ait surcharge ou réduction du potentiel
lymphatique. L’objectif premier du kinésithérapeute est l’évacuation de
l’œdème. Mais quelles que soient la qualité
du geste et l’importance du résultat, l’action tente de gommer la complication
du déficit. En aucun cas, le kinésithérapeute ne peut agir sur sa cause ;
ce qui entraîne la chronicité de l’œdème, la modification de la nature du tissu
cutané et la production de l’épaississement graisseux. Aussi, une attention
particulière est à porter aux moyens qui permettront à moindre frais et
inconfort, de conserver les acquis des séances de kinésithérapie. Pour y
arriver, de nombreuses techniques sont à disposition : bandes, bas,
drainage manuel, drainage pneumatique, …, anneau de Pflug (AP). A cette phase,
elles ont toutes un point commun : l’emploi d’une compression légère.
C’est ce qui peut être obtenu par un auto-drainage par l’AP. L’AP est un
brassard gonflable de type de ceux employés pour l’apprentissage de la nage
chez les enfants. Ce qui différentie l’AP, ce sont la souplesse de son
enveloppe et l’absence de toute soudure externe.
Le matériel se décline en quatre tailles
pour s’adapter aux œdèmes tant discrets que volumineux. Son
emploi est simple. Après introduction d’une paille dans l’orifice ad hoc,
l’alvéole est gonflée à la bouche. Ceci est suivi par le retrait de la
paille ; l’étanchéité étant alors assurée par la fermeture de la valve
interne. L’AP est alors enfilé sur le membre. Là, il est roulé par va-et-vient
de plus en plus amples sur toute la hauteur de l’œdème du segment brachial ou
jambier. La séance est de courte durée : deux minutes suffisent pour
activer les échanges transcapillaires, la microcirculation et le retour
veino-lymphatique [1,2]. Et malgré la brièveté de la procédure, une diminution
des sensations de lourdeur, d’étreinte du membre et de consistance de l’œdème
est décrite par les patients [1-5]. Par contre, d’une manière surprenante, ces
objectivations et ces améliorations subjectives ne sont pas confortées par la
mise en évidence d’une fonte de l’œdème [1,2,4]. En deuxième analyse, cela
n’est pas surprenant : tout volomètre optoélectrique, aussi perfectionné
soit-il, ne peut que mesurer l’enveloppe externe d’un membre qui, comme une
éponge, ne voit pas ses périmètres changer ; que son contenu soit rempli
ou vidé d’œdème. En d’autres termes, toute bonne volumétrie ne distinguera
jamais une bouteille vide, d’une pleine. Pour mettre en exergue une diminution
de l’œdème, il faut recourir à l’emploi soit d’un mètre ruban, soit d’un
pléthysmographe.
Au quotidien, le
mètre ruban permet un usage facile. Il trouve son intérêt lors d’une évolution
à moyen et court termes. Toutefois, pour ne pas retomber dans le même travers
de la volumétrie, il est nécessaire d’appliquer une traction maximale (égale ou
supérieure à
La
pléthysmographie, quand à elle, apporte
de précieux renseignements en observation aiguë, pour voir – en direct et en
continu – toute réponse à un drainage manuel, mécanique, … Grâce à quoi, il a
été possible d’objectiver une fonte de l’œdème au rythme de 0.12%ΔV.min-1
lors d’un déficit veineux (phlebœdème = PO) et de 0.18%ΔV.min-1 lors
d’un déficit lymphatique (lymphœdème = LO)[5,6]. Il s’agit là de variations extrêmement
faibles qui expliquent l’impuissance pour une volumétrie de mesurer les 0.24
%ΔV.min-1 pour un PO ou les 0.36 %ΔV.min-1 pour
un LO obtenus suite aux 2 min d’application de l’AP.
Les études
pléthysmographiques ont également souligné que si la séance n’était pas relayée
par le port de bandes ou d’un bas adéquat, l’amélioration disparaîtrait en
l’espace de dix fois le temps d’application de l’AP : pour 2 min de
roulements, le volume initial est réobtenu en 20 min.
Cette
réinfiltration des tissus souligne aussi que l’AP ne peut en aucun cas se
substituer à la kinésithérapie d’entretien. Par contre, l’AP représente un
appoint thérapeutique non seulement
intéressant mais encore simple d’emploi, pas trop
onéreux, quasi-inusable, pratique et peu encombrant : après
emploi, il est dégonflé en repiquant la paille dedans et rangé dans sa poche,
son sac, ...
Bref, l'AP est un
système D ingénieux et efficace ! Á envisager pour tous porteurs d’œdèmes
chroniques.
|
Děkuji (*), Joseph J Pflug
Un de ses soucis
majeurs a toujours été de mettre à disposition des dispositifs adjuvants
d’auto-drainage aux patients présentant un œdème chronique. Déjà en 1965, sa thèse de médecine (Prague)
soulignait l’intérêt des petites pompes de pressothérapie intermittente.
C’est lui encore qui a prouvé, en 1976, -
du temps où il était fréquent d’enrouler fermement un tuyau souple en
caoutchouc – que la décongestion des gros lymphoedèmes irréversibles était
pareille que le « tuyautage de van der Molen » débute par la
périphérie (ce qui était classique à l’époque) ou carrément à contresens, de
la racine vers la distalité. Au début des années ’90, il a attaché son nom, à
titre de concepteur, à un brassard de mousse puis pneumatique : l’anneau
de Pflug. Ce fut un honneur
pour nous comme pour beaucoup d’autres kinésithérapeutes d’avoir croisé ce
Clinicien, cet Humaniste, ce Monsieur. Que ses proches voient en
ces quelques lignes l’expression de toute notre estime et de notre
reconnaissance. Annie Derdeyn Serge Theys (*) merci en Tchèque |
Et c’est pour tout
cela aussi que nous reformulons nos remerciements : Děkuji, Joseph !
L’AP
représente une des formes de drainage mécanique où la pompe des lymphangions -
ces unités motrices autonomes comprises entre deux systèmes valvulaires - est
stimulée par l’onde de compression segmentaire obtenue par son roulement sur le
membre.
Depuis son apparition au début
des années ’90, l’AP s’est montré comme un adjuvant des plus efficaces et – à
ce titre - a rapidement été adopté par les patients.
Étant donné que les lymphoedèmes
se localisent entre peau et aponévrose, il est classique de focaliser la
compression à ce niveau. Dans la phase de consolidation et de maintien des
résultats, le traitement d’entretien ne nécessite donc pas une action en
profondeur au niveau hypodermique et musculaire ; ce qui peut être obtenu
en appliquant une pression de 30-
Les séances (2 min) sont
allongées ou - mieux - répétées plus souvent en fonction du volume résiduel de
l’œdème.
L’AP peut s’appliquer soit sur
une tubulure moulante de Jersey soit au-dessus des bandes ou du bas élasto-compressif..
L’AP est un de ces matériels de conception simple qui peut
être proposé pour un entretien à domicile. Habituellement, cette possibilité
est à réserver aux cas d’œdème chronique.
Ce matériel est facilement utilisable par le patient en
complément au port de bas adéquats et de la kinésithérapie. Nos observations
ont montré de bons résultats (tabl.1). La réduction d’un lymphoedème (N= ) peut
atteindre près de %ΔV alors que celle d’un phleboedème (N=) peut
avoisiner %ΔV. Seuls les
lipodystrophies (N=) ne montrent pratiquement pas de réduction
(%ΔV) ; ce qui paraît logique étant donné la présence, dans ces cas,
d’un épaississement graisseux irréversible.
[1] Aslam M, Derdeyn A : Pflug ring
therapeutic effect and rational. 23ème Congrès Groupe Eur Lymph. ;
Montpellier 1997.
[2] Aslam M, Halliday M, Pflug JJ :
Therapeutic effect and rational in the management of chronically swollen limbs.
Int Angiology 1997,16(suppl.1-3):118.
[3] Derdeyn A : « Doughnut » - a
new modality in the treatment of swollen leg. Eur J Lymph 1996, sp.co. :21
[4] Pflug JJ : Pflug ring : rationale,
indications and results, s.l., 1998
[5] Theys S, Lang E, Schoevaerdts JC, Chavez F,
Pflug JJ : Pflug ring and edema of lower limb : a plethysmographic
study. Congr. Pan-Am Phléb & Lymph, Brasil, 21-24 Juin 1998.
[6] Theys S, Lang E, Schoevaerdts JC,
Eucher : Pflug ring and lymphedema of lower limb : plethysmographic
study. Salerno, Groupe Eur Lymph, 24ème Congr., 18-20 juin 1998.