Mal de dos et sexualité
Bernard Duplan* ; P. Blachere* ; A Zagala**
* Hôpital Reine
Hortense, Centre Hospitalier d’AIX LES BAINS, bd. Berthollet – 73100 AIX LES
BAINS
** Service de
rhumatologie – CHU de GRENOBLE, 38043 GRENOBLE CEDEX
Introduction
Le mal de dos et
la sexualité constituent une association peu étudiée dans la littérature
médicale, en dépit de l’attente des patients qui ne manifestent finalement que
peu de réticences lorsque ce sujet est abordé durant
une consultation motivée par des rachialgies.
Approche
rhumato-neurologique
L’approche
médicale pure, dans une perspective anatomo clinique s’est
longtemps limitée en matière de sexualité à l’atteinte organique de la fonction
sexuelle dans le cadre du syndrome de la queue de cheval.
Une étude rétrospective
à propos de 44 patients atteints d’un syndrome de la
queue de cheval (Shapiro, 2000), nous rappelait qu’un tiers de ces patients
n’avait aucun antécédent rachidien avant leur atteinte neurologique.
L’installation des
signes s’était effectuée en moins de 24 heures chez 9 patients sur 10. Dans le
groupe opéré précocément (c’est à dire entre 12 H et 48 H après l’installation
des signes), 95 % avait retrouvé une fonction urinaire normale à 6 mois. Dans
le groupe opéré tardivement, c’est-à-dire au-delà de 48 heures, un tiers des
patients avait encore recours aux sondages évacuateurs à un an. 9 de ces
patients étaient également incontinents au niveau anal. Au niveau sexuel, tous
les 13 hommes opérés précocément ont retrouvé une vie sexuelle avec pourtant une
insuffisance érectile pour la moitié d’entre eux ; par
contre, tous les patients opérés au-delà de 48 heures sont restés impuissants.
Sur les 7 femmes
opérées précocément, 6 avaient repris une vie sexuelle mais avec des troubles
de l’orgasme alors que les 4 femmes opérées tardivement gardaient de lourdes séquelles sexuelles liées surtout à une anesthésie
vaginale.
Le syndrome de la queue de cheval reste donc une urgence
neurochirurgicale à gérer avec la même rapidité qu’un traumatisme médullaire, mais
pouvant guérir avec un minimum de séquelles sous cette seule condition.
Approche
sexologique
En ce qui concerne
la description d’une dysfonction sexuelle chez les lombalgiques chroniques, les
études sont rares mais relativement concordantes avec une prévalence des
troubles sexuels oscillant entre les deux tiers et la totalité des patients à
l’exclusion de l’étude d’Agasarov qui retrouve des troubles sexuels chez tous
les patients douloureux du rachis.
Il est important de noter qu’un tiers des patients ont arrêté toute
activité sexuelle dans l’étude de Coates, et un sur deux dans l’étude de Flor.
Par ailleurs, 40 %
des patients lombalgiques chroniques ont des troubles de la libido et les deux
tiers des troubles de l’orgasme.
Il convient de
rappeler que l’on trouve 40 à 75 % de dysfonctions sexuelles
dans d’autres pathologies chroniques quelles soient rhumatologiques ou non.
Cela impose de réaliser de nouvelles études prospectives et contrôlées pour
affiner la réalité de cette épidémiologie descriptive de
la fonction sexuelle chez les lombalgiques chroniques.
L’approche des
problématiques sexologiques de ces patients doit prendre en compte plusieurs
dimensions: clinique, psychodynamique, épidémiologique, thérapeutique. Ces
différentes dimensions seront abordées au mieux lors d’une approche globale du
patient dans un cadre de multidisciplinarité.