ÉTUDE PROSPECTIVE AMBULATOIRE MULTIPRATICIEN DU LYMPHOEDEME DU
MEMBRE SUPERIEUR APRES CANCER DU SEIN – À PROPOS DE 76 CAS.
Ferrandez JC, Bourassin A, Debeauquesne A, Philbert C
Oncologie 2005; 7:316-322
18 membres de
l’Association française des masseurs Kinésithérapeutes pour la recherche et le
Traitement des atteintes Lympho-veineuses (AKTL) ont associé leurs efforts pour
analyser l’effet d’un traitement ambulatoire sur les œdèmes du bras secondaires
au traitement du cancer du sein. Le travail a été publié sous la classique
forme IMRAD (Introduction, Method, Results And Discussion) [1]. En voici les
lignes directrices.
Un traitement de
décongestion a été entrepris en ambulatoire sur une période de quatre semaines.
Durant les deux premières semaines, les séances étaient d’abord quotidiennes
(5x/sem.) ; parfois limitées à 4 ou 3 par semaine. Les deux dernières
semaines n’en comptaient plus que trois. Le nombre total oscille donc entre 12
et 16 séances. Le protocole comprenait un DLM complémenté par la mise en place
de bandes et éventuellement d’un drainage pneumatique (tabl.1). Le choix du
mode technique de ces éléments découlait du bilan réalisé par chacun des
kinésithérapeutes. Les patientes ont été allouées à tel ou tel kinésithérapeute
de ville par différents prescripteurs.
Tableau 1 : Profil et répartition des sujets durant
l’étude ; décongestion relative obtenue après quatre semaines de
décongestion physique en ambulatoire
|
Patientes
enrôlées : 76 |
|||
|
Patientes
randomisées : 76 |
|||
|
|
Mastectomie
39 (51 %) |
Tumorectomie
37 (49 %) |
|
|
|
Pas
de traitement décongestif préalable (17%) |
DLM
préalable (83 %) + bandes (25 %) |
|
|
|
|
6
mois de latence avant
inclusion |
|
|
|
DLM
+ PRESSOTHÉRAPIE (selon besoin) + BANDAGE : |
|
|
|
2
bandes (76%) |
5
bandes (20%) |
Alternance
des 2 techniques (1 %) |
Cohésif
(3 %) |
|
Décongestion
relative |
Non
statistiquement représentatif |
||
|
bras : 47 % |
40
% |
||
|
avant-bras : 57% |
40
% |
||
La période
d’observation a été de 30 mois. Elle a permis l’exploitation de 76 dossiers de
femmes âgées, en moyenne, de 62.5 ans ayant vu se développer un œdème du membre
supérieur suite à une mastectomie (51 %) ou un traitement conservateur (49 %).
Les suites thérapeutiques se sont compliquées souvent de lymphorrhées (62 %) et
plus rarement d’épisodes infectieux (30 %). Suite à une tumorectomie, l’œdème
peut grossir le sein (36 %). En ce qui concerne le membre supérieur, n’ayant
été objectivée aucune thrombose veineuse, les auteurs concluent logiquement à
un lymphœdème. Celui-ci apparaît dans près d’un cas sur deux (47 %) dans la première
année et de deux cas sur trois (62 %) dans les 24 premiers mois. Il envahit
essentiellement l’ensemble du membre (86 %), plus rarement sa distalité (12 %)
ou reste suspendu au bras (2 %). Selon les critères d’inclusion, le
différentiel centimétrique montre un surplus d’au moins
Les caractéristiques
individuelles (âge, poids, membre dominant, œdème de la main), du traitement
chirurgical (type d’intervention, nombre de ganglions prélevés) ainsi que les
suites opératoires (œdème du sein, lymphorrhée, lymphangite,) n’ont pas eu
d’influence négative sur le résultat. Celui-ci est également indépendant de
l’ancienneté et du volume de l’œdème. Curieusement, la réponse à la
kinésithérapie a été meilleure chez les femmes ayant présenté des lymphorrhées
(p= 0.004) (tabl.2). Par contre, que l’œdème soit malléable ou non, aucune
différence n’a été objectivée (p=0.3)
La décongestion - de près
de la moitié de l’œdème - a été aussi importante que celle relevée dans la
littérature spécialisée. Une prise en charge ambulatoire, par des
kinésithérapeutes de terrain formés au traitement des lymphœdèmes peut donc se
défendre, se justifier. Il est intéressant de relever que le résultat est plus
marqué chez les femmes ayant porté un simple bandage fait de deux bandes à
allongement différent (p=0.04).
Tableau 2 : Meilleure décongestion dans les cas de
lymphorrhées post-thérapeutiques
|
Lymphorrhées
préalables |
%
des 76 cas |
Décongestion
relative |
|
|
bras |
Avant-bras |
||
|
Oui |
62 |
50
% |
58
% |
|
Non |
38 |
42
% |
49
% |
Dans les conditions
des essais réalisés et les biais incontournables, il n’est jamais aisé
d’avancer des conclusions liées uniquement à un effet thérapeutique isolé.
Toutefois, c’est un travail qui ébauche des réponses objectives, fiables et
contrôlées à certaines impressions d’insuffisance d’un traitement ambulatoire
qui ont prévalu subjectivement jusqu’à ce jour (voir aussi dans ce
numéro : l’AKTL : une association de kinés privés ...). Ce qui est
important à retenir tient en 5 points. En un, le type de traitement du cancer
ne protège pas du développement d’un « gros bras ». En deux, une prise en charge préventive
n’assure pas de l’absence d’un « gros bras ». En trois, seul, un DLM
ne réduira jamais un lymphœdème [Földi] (alors que la pressothérapie isolée,
oui [Theys]). En quatre, près de la moitié du gonflement peut être réduit par
une prise en charge ambulatoire de 12 à 16 séances. En cinq, pour un membre
supérieur, un simple bandage à biélasticié suffit et donne un meilleur résultat
qu’un montage à 5 bandes.
Serge THEYS
1.
Greenhalgh T : Savoir lire un article médical pour décider. In :
La médecine fondée sur les niveaux de preuve (Evidence-Based Medecine) au
quotidien. Traduit de l’anglais par Broclain D, Dowbovetzky ; Meudon, RAnD
2000 :182p