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Kinésithérapeute, DrSc, Clin
Univ Godinne, B-5530 Yvoir.
Mots clés :
Respiration, physiologie, circulation veineuse, membre inférieur
Depuis plusieurs
siècles, il est établi que le sang veineux est aspiré durant la dépression
thoracique inspiratoire. Ce phénomène fut, ensuite, généralisé à l’ensemble du
corps ce qui a créé un mythe à l’origine de la recommandation de certains
exercices - respiratoires assistés ou non, associés ou non à un massage
abdominal – afin d’améliorer la vidange veineuse des membres inférieurs.
D’après Bassi
(1967), les recherches relatives à l’influence de la respiration sur la
circulation veineuse remontent au XVIIIème siècle. Le protagoniste en fut
Valsalva (1666-1723). A sa suite, il y eut Mery (1707), von Haller (1757),
Carson (1820), Barry (1826)(fig.1), Donders (1859),
François-Franck (1876). Tous mentionnent que, simultanément à l’inspiration,
l’abaissement du diaphragme augmente le volume thoracique en y diminuant la
pression et par là crée une aspiration du sang veineux. Peu après, cette action
fut limitée au seul territoire supra-diaphragmatique (Marey –1881). En
couché, à hauteur de l’abdomen, la vidange veineuse inspiratoire était le
résultat de la compression des organes de cette cavité (Bertin-1756,
Magendie-1817, Rosapelly-1873).
Avec l’essor
de la kinésithérapie, les manuels n’ont retenu que l’influence positive de
l’inspiration sur le retour veineux au cœur droit. Et pourtant, de par son
régime à basse pression, la dynamique veineuse des membres inférieurs est
facilement modifiée par le type de respiration ou par la position du sujet.
Lorsque
le sujet est allongé sur le dos, la respiration de type abdominal abaisse le diaphragme ce qui comprime le contenu
abdominal et ce, plus ou moins rapidement selon l’importance du bol alimentaire
ou de l’obésité. Dans la foulée, ce mécanisme opère le blocage du retour
veineux des membres inférieurs. Au cours de l’expiration, la remontée du
diaphragme relâche la contrainte sur la cavité abdominale et la circulation
veineuse se rétablit. Soulignons qu’il s’agit bien d’un simple rétablissement
circulatoire et non d’un «appel-succion». Un phénomène analogue se produit chez
l’emphysémateux ou lors de toute respiration paradoxale : durant l’inspiration, la force aspirative est
rapidement annulée par la rentrée du ventre ; le flux se rétablit alors
brièvement en début d’expiration jusqu’à ce que le gonflement abdominal le
stoppe à nouveau. En limitant la descente du diaphragme, l’inspiration de type costal inférieur, dans les suites
immédiates à une chirurgie abdominale par exemple, permet une aspiration de la
veine cave inférieure et de la veine fémorale. Toutefois, un nouveau blocage
apparaît dès le début de l’expiration lorsque la pression intra-thoracique se
repositive. En fait, seule la respiration costale haute – de la femme et des
paraplégiques avec paralysie des muscles intercostaux et abdominaux – ne bloque
pas le retour sanguin des membres inférieurs, l’inspiration assure alors un
rôle important. Rôle important, oui ; mais pas unique. En effet, la
positivité de la pression thoracique par l’expiration n’influence pas le flux
veineux.
En
se couchant sur le côté, le mode d’activité des muscles inspirateurs modifient
encore la réponse veineuse. Ici, la réaction peut varier selon la position sus-
ou sous-jacente du membre inférieur. Dans certains cas, le flux s’établit
durant l’inspiration au niveau du membre sus-jacent, alors que, simultanément,
il est stoppé au niveau du membre sous-jacent. La raison est probablement liée
au fait que le travail se concentre sur l’hémi-diaphragme sur lequel repose le
thorax et sur lequel la masse viscérale pèse de tout son poids. Dans d’autres
cas, le flux apparaît d’une manière synchrone. Elle n’est alors pas aussi
efficace au niveau des deux membres inférieurs : elle est retardée, bien
moins marquée et plus courte au membre inférieur sous-jacent.
En
décubitus, dorsal ou latéral, une assistance respiratoire peut être instaurée
soit pour assurer une amélioration de la fonction respiratoire, soit pour
activer indirectement le flux veineux des veines des membres inférieurs. Cette
assistance peut être très variée et comporter différentes manœuvres, manuelles
ou mécaniques, thoraciques ou abdominales, complétées ou non par des exercices
respiratoires, abdominaux et/ou un drainage postural. Mais quelle qu’en
soit la modalité, cette assistance, généralement expiratoire, accentue la pression
abdominale et, par là, contrarie, plus précocement, le flux veineux fémoral. Le
rétablissement du flux est de courte durée : la descente du diaphragme
lors de l’inspiration, spontanée ou artificielle, venant rebloquer le flux
veineux des membres inférieurs.
Aussi, si
cette assistance peut assurer une meilleure ventilation, l’évacuation des
sécrétions bronchiques et la ré-expansion ventilatoire post-opératoire, elle ne
réalise aucune amélioration notable de la dynamique circulatoire veineuse des
membres inférieurs. En fait, si ce dernier domaine est à considérer dans le
protocole, seule une respiration superficielle de type
costal haut peut être proposée car la seule à ne jamais entraver le retour
veineux des membres inférieurs. Si l’objectif est la prévention de thrombose
veineuse profonde, une amplification respiratoire associée ou non à un drainage
postural et/ou une pression manuelle sur l’abdomen peut être incluse dans la
séance : le blocage veineux cherche ici à accumuler un volume de sang
suffisant que pour distendre les veines périphériques ; l’entrave
circulatoire doit ensuite être levée soudainement afin de garantir une
vigoureuse propulsion du sang séquestré et, par là, un claquage des portillons
valvulaires contre la paroi des veines ; d’où un nettoyage, des nids
valvulaires là où débute fréquemment le caillotage sanguin. Notons cependant
que l’efficacité d’une telle gymnastique respiratoire est, dans l’ensemble,
disproportionnée par rapport à la
fatigue produite. Il convient donc d’opter prioritairement pour une action
directe sur le triceps sural par dorsi-flexion - active ou passive - de la
cheville, massage, pressothérapie intermittente, …
Dans les
autres postures (position assise ou debout), une masse impressionnante de sang
(200-300 ml) est soustraite du circuit par les veines superficielles, très
distensibles, des membres inférieurs. Le facteur respiratoire ne permet pas de
réduire cette stase massive ou d’améliorer les performances de la vidange
veineuse. Au contraire, en assis surtout, la respiration peut encore ajouter un
frein à la vidange veineuse : réduction de l’expansion antérieure de
l’abdomen par flexion des hanches chez l’obèse, par inclinaison avant du tronc
chez le dyspnéique ou disparition de la sangle abdominale chez le quadriplégique.
Dans l’ensemble, le facteur respiratoire ne représente donc qu’un caractère
adjuvant ; le mécanisme principal du retour sanguin au cœur est, ici,
attribué au reliquat de la pression cardiaque après la traversée capillaire
lorsque le sujet est immobile et à la contraction des muscles squelettiques
(forces déjà pressenties par Harvey-1628 et Lower-1669).
Légende
de l’illustration
Figure 1 :
Expérience de Barry (1826) : élévation du niveau d’eau du tube connecté à
la veine jugulaire durant l’inspiration d’un cheval.
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