KINE 2000 y était
Belgian Pain Society Day du 2 juin 2007 à
REPORTAGE D’UNE PETITE
RELAXATRICE EN EXPLORATION EMERVEILLEE AU GRAND PAYS DES HYPNOTISEURS…
Corinne GOFFAUX-DOGNIEZ
Docteur en kinésithérapie
Installez-vous en transe-position, ce que
vous vous apprêtez à lire peut conduire à être plus transe-lucides, et avec les
enfants, à être plus transe-parents…
Prêts ?
Après avoir participé au congrès consacré à la créativité et
l’interaction par
Ce qui nous permet de rejoindre les propos de ces praticiens dans la
réalité de leur pratique et de bénéficier de leur expérience.
J’en profite pour remercier les organisateurs de ce congrès pour
l’intérêt de leur initiative et la qualité de leur gigantesque travail.
-
La conscience :
Principal cible de travail des praticiens d’hypnose comme des relaxo-
et sophrothérapeutes, la conscience est la faculté qu’à l’individu de prendre
connaissance, à chaque instant, de lui-même et de son environnement. Cette
conscience, liée au mode de fonctionnement du cerveau, s’accompagne d’une
modification de l’activité neuronale éventuellement enregistrable.
Nous pouvons définir des états de conscience. Ceux-ci sont à bien
distinguer du contenu conscient. Le sujet en hypnose ( comme
en relaxation ou en sophrologie ) sera en état de somnolence mais gardera une
vigilance lui permettant de réagir aux suggestions de son thérapeute. Le
matériel travaillé sera subjectif puisqu’il est fait de souvenirs, perceptions,
intentions, pensées. Tout le travail consistera donc à être le plus objectif
possible ( approche scientifique ou réalité objective
) en travaillant sur un terrain phénoménologique ( donc non objectif ).
- L’hypnose :
Le travail fait en hypnose est un travail sur l’émotion. Il s’agit
d’une reprise en charge de l’émotion liée au symptôme afin de diminuer la
charge névrotique et le poids exercé par le symptôme au point de vue de son
impact sur la qualité de vie.
L’hypnose est un état de transe, comparable à l’état sophro-liminal de
la sophrologie. Cet état de transe, nous rapprochant du sommeil, établit des
liens différents de l’état de veille avec l’inconscient et les processus de la
mémoire. Il est à mettre en lien aussi avec la suggestion de l’hypnothérapeute
dans le cas de l’hétéro-hypnose.
Ce phénomène n’existe pas, bien sûr, en auto-hypnose. Notons que
l’hétéro-hypnose donne de meilleurs résultats sur la qualité de la relaxation
que l’auto-hypnose. L’intérêt du passage à l’auto-hypnose est le passage à
l’autonomie.
Nous pouvons définir l’hypnotisabilité comme un
facilité à entrer dans cet état de transe hypnotique. L’hypnotisabilité
importante s’accompagne d’une créativité importante et d’une absorption
importante. L’absorption est l’implication de toutes les facultés
sensorielles dans l’attention. Le sujet hypnotisable a des caractéristiques
cérébrales frontales et préfrontales telles que sa liberté de choix face à la
suggestion est limitée parce qu’il y répond pour ainsi dire de manière
automatique. On pourrait donc trouver à un pôle la liberté créatrice, et à
l’autre la dépendance par rapport au thérapeute. On pourrait considérer ces
caractéristiques d’hypnotisabilité, de forte absorption, ainsi
que celles d’intensité émotionnelle ( catharsis
) lors de certains souvenirs et de réponse automatique à la suggestion
comme des preuves d’authenticité scientifique quant à la qualité du travail
émotionnel réalisé lors de la séance.
Notons que les croyances d’un sujet donné sur le mode d’expression des
émotions au niveau du corps a un lien étroit avec
l’expression de ses émotions personnelles au sein du corps.
-
Cadre, outils et leviers de l’hypnose :
Le cadre thérapeutique sera donc un espace de rencontre où
s’exercera la créativité du thérapeute afin de répondre à la demande de son
patient. L’hypnose étant avant tout un travail émotionnel, le pont affectif
entre le soignant et son patient est un point d’appui fondamental. Ils sont à
deux dans une relation hypnotique. Ce pont affectif nous ramènerait à une relation
archaïque fusionnelle et intense, privilégiée. La relation première. Les
résistances qui y sont liées trouveraient leurs explications dans la peur de la
régression, et la peur de la manipulation.
Le thérapeute apprendra à son patient que, dans le cadre thérapeutique
ainsi mis en place, sa créativité et son imagination peuvent se déployer sans
danger.
Il posera des actes qui échappent à la compréhension de son patient, et
dont il ne peut démonter le mécanisme. Implicitement, le thérapeute fait passé à son patient qu’il connaît son problème et peut
l’aider à la résoudre en mettant à son service ses compétences et son
imaginaire.
C’est le thérapeute qui tient le cadre. Il tient une position haute
( autorité ) sur le cadre.
Il occupera une position basse sur le contenu (
il n’a aucune emprise sur l’application par son patient de ce qu’il lui
offre comme outils ).
Un des conférenciers a développé le côté vendetta présent dans la
guérison : le patient, en récupérant son énergie émotionnelle liée au
symptôme, veut une vengeance. Cette vengeance peut s’adresser à soi-même ( somatisation ), à l’agresseur, se transformer en
sublimation, s’adresser à un bouc-émissaire. Ce sont les attitudes 2 et 3 qui
seront à rechercher. La vengeance est un levier de guérison.
Les métaphores et allégories seront de bons outils : ils
s’adressent directement à l’inconscient. Ils peuvent être inclus à la séance
d’hypnose ou se présenter sous forme d’ hypnose
conversationnelle.
-
Mémoires du corps :
En évoquant le fait clinique que certains troubles fonctionnels
puissent évoluer en maladies psychosomatiques, une conférencière nous a parlé
de manœuvres de compressions thoraciques à hauteur du sternum couplées à une séance
d’hypnose qui libérerait des contenus mnésiques refoulés. Le patient devrait
être accompagné de manière attentive lors de la libération du refoulé qui peut déclenché des expressions émotionnelles intenses.
-
Applications à différentes pathologies :
Le congrès a abordé l’application des EMC à un ensemble de
pathologies : douleurs, douleurs chroniques, céphalées, douleurs et
phobies, anxiété, éjaculation précoce, intestin irritable, anorexie mentale.
L’application de l’hypnose en gynécologie, lors des opérations, dans les soins
palliatifs et en fin de vie, lors du sevrage tabagique, mais aussi pour la
passation d’examen, lors de situation de trac, pour préparer un événement
important, pour les performances sportive ou la créativité artistique.
Applications propres aux
kinésithérapeutes :
-
A
l’hôpital : pneumologie, cardiologie, soins palliatifs
-
En
cabinet : problèmes de dos, céphalées, périnatal, problèmes d’ATM,
fibromyalgie, algoneurodystrophie, stress.
-
L’hypnose chez l’enfant :
Chez l’enfant, le pont affectif utilisé se manifeste comme un
triple lien :
-
attachement
-
mimétisme
-
exploration
La voix du thérapeute touche, « masse ».
-
Dans le cas de l’hyperactivité :
Le problème est toujours lié à l’attention.
On définit 3 catégories :
1) – Le problème est constitué à part
égale d’hyperactivité et de difficultés d’attention.
2) – Le problème d’attention est plus
important que l’hyperactivité.
3) – Le problème d’hyperactivité est
plus important que le problème d’attention.
Quand le patient arrive à son traitement d’hypnose, on aura éliminé une
pathologie cognitive, un retard d’apprentissage et étudié la comorbidité.
Avec les enfants, on choisit une thérapie brève orientée sur la
solution.
On utilise le double lien : en faisant un contrat et en
l’utilisant.
Ex1 : « tâche : être gentil 8
fois sur 10 ».
Si l’enfant gagne, il reçoit une récompense et le thérapeute perd, il
fait une tâche désagréable.
Ensuite, même jeu avec les parents.
Ex2 : « plaisir associé à la
réussite ».
Ex3 : prescription paradoxale ou prescriptions
du symptôme chez un enfant hyperkinétique : bouger encore plus jusqu’à
avoir envie d’arrêter.
L’attention, chez les enfants « lunaires » est un état
d’hypnose négatif. Cela prouve que l’enfant est hypnotisable. Cette faculté va
donc être mise à profit. L’enfant hypnotisable est sujet plus qu’un autre à des
interférences, c’est un facteur important installant l’état d’hypnose négatif
et les troubles de l’attention. Nous allons apprendre à l’enfant à connaître
son côté hypnotisable et à le prendre en main et non plus le subir.
L’ancrage sera travaillé comme point de départ du travail de la concentration
éveillée.
Nous fixerons un point les yeux ouverts avec les mains sur les tempes.
Nous stimulerons la vision en tunnel en diminuant la vision périphérique.
Le travail de la métaphore du rapace sera utile afin d’être
mobile au niveau de l’attention.
« Fixons notre attention sur le rapace, ses déplacements, il
avance, recule, fond sur sa proie… ». Cette métaphore offre des ressources
riches : si l’enfant a du mal à fixer son attention en classe, c’est
surtout la cible qui doit être visualisée dans un premier temps. La mobilité de
l’attention sera à acquérir ensuite.
Il est intéressant avec l’enfant de l’aider à reconnaître son état
émotionnel et à comprendre qu’il peut intervenir sur son attention.
L’électromyofeedback sera un allié très positif aux séances
d’hypnose.
Dans le cas l’approche systémique de l’enfant hyperactif, il faut citer
les jeux vidéo comme phénomène de société. Ceux-ci créent un décalage avec la
réalité et un besoin d’action. Le mode de vie actuel crée chez de nombreux
enfants un manque de sommeil.
Un exercice pratique pour l’enfant hyperkinétique sera abordée dans une séance corporelle de
conscience corporelle où l’on apprend à marcher dans la vase avec
bonheur…commençons par marcher vite… comme d’habitude… puis ralentissons parce
que nous sommes dans la vase…nous avons des racines, comme les arbres…sortons
de la dissociation, rentrons dans la réalité corporelle, concrète, physique,
interactive…et non plus hyperactive…Cette conception nous unit à la vie et ses
différents aspects ici et maintenant.
-
Dans le cas de l’enfant anxieux :
« L’épouvantard »
Un des conférenciers travaillait en collaboration avec…Harry
Potter !
Il s’agissait de s’arranger pour transformer ce qui fait peur à
l’enfant en quelque chose qui fait rire : on n’en a plus peur puisque cela
fait rire.
On demande à l’enfant de décrire ce qui lui fait peur.
Ensuite, « Que faudrait-il pour que cela te fasse rire
… ? »
Si l’enfant dit « Je ne sais pas » : Imagine que tu
sais, qu’est-ce que tu dirais ?
Prenons le temps de faire la transformation, la caricature.
A ce moment, comme Harry, l’enfant brandit sa baguette magique et
dit : « Ridiculus ! ». Le tout est travaillé en
relaxation. La baguette magique et la formule « Ridiculus » peuvent
servir d’ancrage.
Autre type de travail intéressant à faire avec les enfants
anxieux :
« Le travail du lieu calme »
Il s’agit d’une place sûre : un château, un dortoir, avec un mot de
passe, une cape d’invisibilité, un magicobus.
Dis-moi…est-ce qu’il y a quelque chose que tu aurais besoin de me
dire ?....
Réfléchis bien….
-
Cas particulier des abus sexuels :
L’abus sexuel, la honte qu’il entraîne, le silence imposé par l’agresseur
souvent accompagné de menaces, et de propos tenus par l’agresseur qui déforment
la vérité, induisent une dissociation d’autant plus facile à obtenir que l’on a
à faire à une personnalité hypnotisable. Ce type de traumatisme sera donc
accompagné de troubles psychosomatiques et d’angoisses durables, ainsi que de
grandes difficultés à aborder la verbalisation du symptôme, donc de
conscientiser le traumatisme et de guérir.
La dissociation est un mécanisme adaptatif qui permet la survie
psychique et sociale, donc la survie. L’expression par le corps peut être un
exutoire permettant d’évacuer les aspects du traumatisme les plus dangereux au
sens de la santé et de ménager un fonctionnement normal au sens que le moi
considère comme prioritaire.
Le travail de guérison sera d’abord une conscientisation du symptôme,
ensuite une « réparation » du dommage causal pour en guérir les
effets secondaires.
-
Cas particulier des acouphènes :
Ce conférencier nous définit les acouphènes comme une déconnexion entre
les cellules cilliées de la cochlée et les nerfs correspondants. A part ce
défaut de connexion, le reste du schéma neuro-physiologique est anatomiquement
intact. Le cerveau produit donc un bruit blanc par un processus comparable à
celui du membre fantôme.
Ce bruit augmente en cas de stress. La détente en diminue l’intensité.
Il peut créer des problèmes d’endormissement.
-Avant l’envoi en hypnose, le patient est vu par un ORL
-Les médicaments classiques pour les acouphènes sont :
Rivotril
Anti-hypertenseur
Médicament pour aider l’endormissement
-
En
EMC, le travail sera :
1. réinterprétation par réification
C'est-à-dire que nous demanderons au patient de réinterpréter son
symptôme d’une manière positive.
Exemples :
- Ce bruit, c’est le mistral, les cigales,
- L’acouphène signifie que le doigt de Dieu m’a touché.
- Quel appareil positif pourrait fabriquer de bruit ?
Faisant partie du problème de ces patients, citons une focalisation sur
le problème : à chaque instant, on peut traiter 7 informations. Chez ces
patients, une sur 7 est constamment monopolisée par les acouphènes. Cette
focalisation n’est pas seulement psychologique, elle est également
physiologique : elle augmente l’intensité des acouphènes.
2. oubli
et
3. dilution
seront également utilisés lors des séances d’EMC.
En pratique, 5 séances de 45 minutes seront proposée pour gérer les
acouphènes à 1 ou 2 semaines d’intervalle.
Le conférencier propose de les enregistrer sur MP3 si le patient en a
besoin.
-
Réflexions et questionnements:
Les aspects sociaux de notre époque ont été abordés lors du
congrès puisque directement liés aux
pratiques des EMC, aux problèmes que les thérapeutes qui utilisent ces
techniques sont amenés à traiter et aux personnes (thérapeute et patient) en
présence.
Le thérapeute du XXIe siècle s’avère bien nu, sans les
grandes écoles psychologiques des XIXe et XXe siècle et avec un support
social d’ordre spirituel qui fait de moins en moins l’unanimité dans le mélange
culturel que nous connaissons actuellement. Il peut apprendre à son patient
l’art de « l’impro », la créativité comme réponse à la souffrance
existentielle, l’apprentissage d’une manière « légère » d’aborder la
vie.
Un voyage en ballon…comme nous le conte cet autre conférencier qui a
utilisé sa montgolfière pour survoler le monde et voir la vie autrement, sous
un autre angle, en prenant de la hauteur…métaphore thérapeutique pour lui-même,
pour ses patients et ses projets personnels…
Cultivons l’art du doute créateur et non source d’angoisse
déstabilisante : le doute est un moment qui permet l’évolution et la
prépare. La spiritualité, devient, débarrassée de la lourdeur de ses dogmes,
une conscience de chaque geste quotidien afin d’y insuffler l’Esprit…ce qui met
tout le monde d’accord…sans doute.
Conscience du corps en vie, habité d’incertitude…laisser tomber toute
l’angoisse inutile qui l’habite…et ainsi faire nos choix, voilà quelle serait
la façon nouvelle d’entrer dans la réalité…
Merci pour l’air léger transmis par ce type de vécu, pour l’envol ressenti dans le cœur à leur écoute …il y a le vertige, sans doute de savoir qu’au fond, on n’est pas un oiseau : la thérapie brève, parfois nécessaire, parfois demandée par la vie actuelle, doit relever le défi, pour ne pas devenir un leurre, de faire la différence entre le réel et le virtuel à une époque où cette différence a cessé d’être claire pour beaucoup de gens. Beaucoup de conférenciers ont donné des outils concrets intéressants afin de travailler vite et bien sur ce terrain et associant des procédés créatifs, subjectifs, métaphoriques…et une rigueur scientifique.
Bien sûr, la culture et l’histoire, celles des peuples, des régions,
des familles, des personnes font partie de la vie des gens. Le fil terrestre
qui nous y relie est aussi un contenant à prendre en compte. Le travail à plus
long terme, même s’il n’est plus trop à la mode est parfois demandé et
nécessaire.
Quelle jolie Meuse coulant par la fenêtre à Liège durant le
congrès…qu’est-ce qu’elle charrie ?
Puisse-t-elle emporter vers leur réalisation les souhaits de chacun des thérapeutes en EMC présents et de vous-même qui lisez cet article, de transe-mettre valablement ce qu’ils auront appris et d’aider les gens qui leur sont confiés dans leur transe-formation intérieure.