Place de
Corinne
Goffaux-Dogniez
Docteur en
kinésithérapie
(Rencontre avec une équipe pluridisciplinaire
d’intervenants en région parisienne).
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Conduites addictives :
Sous le terme « conduites addictives », nous
penserons surtout à la consommation d’alcool et de drogues, même si l’on peut
penser élargir également à d’autres conduites comportementales (anorexie, boulimie, jeux divers, prises de médicaments …).
Le mot « drogues » lui-même peut inclure
le tabac et un vaste ensemble de toxiques.
La conduite addictive peut présenter des bénéfices
primaires à court terme, par exemple suite à un traumatisme au sens large, et
s’avérer permettre une résolution satisfaisante du problème dans un premier
temps.
En soi, la qualité de cette résolution à court
terme encourage le consommateur à répéter son recours à la conduite addictive.
C’est ainsi que l’on peut passer de l’abus (ponctuel) à la dépendance (durable).
Le lien de la conduite addictive avec l’émotionnel
est évident : la difficile expression des émotions par déconnection de
l’individu lui-même avec celles-ci (alexythymie) ou
parce qu’elle sont réprimées par les pressions du milieu socio-professionnel,
encourage le recours à des conduites addictives qui « font taire» ce qui
ne peut être entendu et est ressenti comme sensations perturbatrices, ou, au
contraire qui désinhibe et permet une expression qui sans cela serait
impossible. Expression pouvant être une explosion, ou une implosion; s’avérer
salutaire ou destructrice selon le dosage et la capacité de gestion du conflit
de la personne et son entourage.
On peut faire un lien avec l’enfance dans la mesure
où il y a un lien avec l’oralité dans l’alcool et la consommation per os (par la bouche) de substances. Le manque est ainsi comblé.
Les émotions omniprésentes de dégoût et de honte trouvent une réponse par le
caractère auto-destructeur de la conduite.
On peut aussi faire un lien avec le manque de
limite « intérieur du corps-extérieur du
corps » qui est surtout impliqué dans
les conduites où interviennent seringues ou grattages.
On peut évoquer aussi un manque d’autonomie (dépendance), au sens où l’équilibrage émotionnel sans
addiction s’avère impossible. C’est ce qui explique le recours renouvelé à
cette addiction. Bien évidemment, si cet équilibrage est insuffisant au sens où
le moi n’en est pas satisfait, nous sommes dans un
problème psychologique.
Les tentatives du moi d’opérer un rééquilibrage
s’observent dans le caractère caché de la conduite addictive. L’ampleur du
déséquilibre sera traduite par l’énergie, les moyens ou le temps consacrés à
chercher ce rééquilibrage de manière cachée. La perte d’autonomie par rapport à
la conduite addictive est également révélatrice.
Le problème psychologique ainsi révélé sera
névrotique, ou pourra conduire à des conduites tellement irréalistes qu’il nous
mène jusqu’à la psychose. La recherche des produits toxiques (et notamment les moyens en temps et en argent qui lui sont
consacrés) et la fragilité de son consommateur liée à sa dépendance peuvent
amener des notions psychopathiques et des liens avec des milieux marginaux,
voire des aspects franchement médico-légaux.
Les émotions de dégoût et de honte ressenties
intérieurement, une fois projetées extérieurement aboutissent à se sentir jugé,
observé, condamné. Le cercle vicieux est bouclé lorsque le corps traduit par
son apparence ce que l’on a cherché à cacher.
C’est alors le refus d’avoir une belle apparence physique. Ce refus exprime clairement la honte et le
dégoût de soi, ainsi que le côté auto-destructeur qui aura ouvertement pris le
dessus. C’est le côté pervers de la dépendance, dans la mesure où toute
dépendance est un mélange de plaisir et de souffrance : ici, la souffrance
aura pris le premier plan.
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Plan thérapeutique global :
Les conduites addictives seront prises en charge de
manière heureuse au niveau pluridisciplinaire.
On pensera à la psychothérapie verbale.
De toutes façons un
travail verbal individuel sera mis en place, mais on peut ajouter plus tard un
travail de groupe.
Il en est de même pour le travail corporel (individuel d’abord, groupal ensuite éventuellement). Le
démarrage du traitement corporel sera précoce parce que c’est un aspect
important de la prise en charge.
Le ciblage lors de l’entretien individuel des
aspects phenoménologiques propres au patient considéré est très important.
L’histoire personnelle, les déclencheurs des
crises, les rapports du patient avec son émotionnel, son contexte
socio-familial personnel seront pris en compte afin d’établir un plan de
travail balisé.
La profondeur d’accession à l’émotionnel (profondeur en tant que qualité d’élaboration psycho-verbale
et profondeur aussi quant à l’accessibilité à une grande quantité de données
émotionnelles biographiques surtout celles qui sont en relation avec le
problème) a un lien important avec les capacités réelles de guérison sans
rechutes et la capacité de mettre en place un changement plus ou moins grand et
durable. La faculté à manier de manière heureuse l’émotionnel peut être reprise
en relaxation-sophrologie, elle a un lien étroit avec la motivation, celle-ci
pourra être efficacement dynamisée par le traitement corporel, toutefois, son
expression réelle dans la vie du patient dépendra aussi de ce qui lui est rendu
possible par son milieu socio-évolutif personnel. Celui-ci pouvant jouer un
rôle plus ou moins grand, positif ou négatif, il est important d’en tenir
compte et de pondérer autant que possible son influence afin de l’ajuster pour
que le patient puisse progresser au mieux.
Le plan de travail balisé, basé sur l’évolution
psychologique et sociale du patient sera notre fil conducteur.
Un repérage sera fait en cours de prise en charge
selon certaines grilles préétablies propres à chaque équipe, afin de se
positionner toujours par rapport au plan et de systématiser ainsi les progrès
mis en place et recadrer d’éventuelles rechutes.
On peut imaginer dans certains cas un travail à
thème prenant en compte le cheminement personnalisé d’un patient donné.
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Sophrologie et relaxation :
Férenczi : « Le
souvenir reste bloqué dans le corps, et c’est seulement là qu’il pourra être
éveillé ».
Le travail corporel va reprendre les notions
théoriques générales et les notions propres au patient considéré.
Si, comme le dit Férenczi, le problème est un
blocage au sein du corps, c’est donc par
un travail corporel que nous mobiliserons ce qui doit l’être afin de
guérir.
La conduite addictive est donc l’expression d’une
difficulté de vivre en embrassant les différents registres phénoménologiques de
l’existence.
Si la conduite addictive est justifiée au départ
par une rupture nécessaire avec le registre émotionnel (mise à distance
parce que c’est trop douloureux, incapacité pour des aspects incontournables de
la vie de gérer l’émotionnel sans avoir recours aux addictions), la dépendance
qui y est liée s’accompagne inévitablement de dégoût et de honte de la part de
la personne envers elle-même : le patient « ne peut plus se
sentir ». Les conduites addictives peuvent fragiliser l’équilibre de la
personne et compromettre son rapport avec la réalité de la vie de tous les
jours. Mais, si la personne est passée à une conduite addictive, c’est déjà
parce qu’elle était dépassée dans sa gestion émotionnelle.
La sophrologie et la relaxation sont des techniques
de choix pour ce type de problème dans la mesure où, précisément, elles
apprennent au patient à « se sentir » de manière réaliste et, cette
fois, positive : s’auto-accepter, se sentir bien, reconquérir l’estime de
soi-même.
Si la conscience est sans limite, le corps, lui a
ses limites. L’abord phénoménologique de la vie, même s’il est inévitablement
lié à notre état humain, nous place dans le « sans limite ». Repartir
du corps remet inévitablement dans les limites de celui-ci, et ainsi nous
recadre dans la réalité de ce qui nous est réellement possible
, pour nous conduire à nous réconcilier avec notre émotionnel : un
tri va s’imposer inévitablement…nous allons réapprendre à nous sentir…avec nos
limites.
Accepter celles-ci est l’ultime réalisme qu’il
faudra imposer autour de soi, …et concilier avec le cheminement personnel des
personnes de l’entourage en tenant compte des réelles et actuelles priorités.
Le patient y sera aidé en venant aux séances dans
un cadre (le cabinet du praticien) qui sera son espace
personnel extérieur, et dans lequel il apprendra à connaître son espace
personnel intérieur et ses limites. L’attitude empathique du soignant l’aidera
à se débarrasser des « couperets » implacables des jugements de
lui-même et des autres liés à ses addictions, qui sont les conséquences des
couperets implacables de ses émotions négatives de honte, de dégoût, de
culpabilité envers lui-même. La violence liée à cette notion de « couperet
» devrait être remplacée avantageusement par la douceur respectueuse lié à l’écoute de soi et des autres et la recherche de la
perception juste des limites. Limite ? Il s’agit de la limite du corps,
limite de l’égo, limite de l’oralité, limite à mettre sur les expressions
émotionnelles intenses transmises sans cesse par la société qui nous entoure et
qui justifient que nous apprenions à mettre nos limites afin que notre système
nerveux ait une chance de pouvoir espérer s’y retrouver…sans se couper des
émotions ou sans avoir besoin de dopage….
Le passage de la sensation à l’émotion positive (ni la honte ni le dégoût mais l’estime de soi, la joie de
vivre …), le passage ensuite de l’émotion positive à la motivation vraie, bien
ancrée dans le corps permet d’envisager le retour à l’autonomie (sevrage,
logement à soi, emploi et indépendance financière).
Sur un plan pratique, lorsqu’il y a recours à la
méthadone, ce moment est celui où le patient recommence à sentir, ou la
violence du comportement s’estompe et cela permet la mise en place d’un
traitement corporel de type sophrologie-relaxation.
Un suivi sera conseillé, une fois le patient guéri (sevrage complet après plus ou moins 3 ans dans le plan de
travail de l’équipe rencontrée) et là encore, la sophrologie et la relaxation
seront continués de préférence largement au-delà du moment du sevrage de la
conduite addictive.
Il est évident qu’il ne s’agit pas de retomber dans
une autre dépendance, cette fois envers le thérapeute, toutefois, les aspects
anxiogènes liés à la relation thérapeutique pourront être remis dans le champ
du travail afin que l’on apprenne à mettre en place d’autres stratégies de
réponse plus saines que le recours systématique aux conduites addictives.