KINE 2000 y était
Congrès ABKS – 15-16-17 mai 2008
Montdorf-Les-Bains (Luxembourg) Thème : La réathlétisation |
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RETOUR SUR LE TERRAIN APRÈS BLESSURE : J.L. Croisier, F.
Delvaux, J.M. Crielaard, B. Forthomme
La prise en charge thérapeutique du sportif
blessé débouche inévitablement sur la problématique de la programmation du
retour sur le terrain.
« Quand ? » reste l’inévitable question formulée par le
sportif et son entourage. Une réponse pertinente devrait s’appuyer sur
l’analyse des conséquences de la blessure, du type de discipline pratiquée et
des facteurs de risque de récidive lésionnelle ou d’induction de pathologies
secondaires. Le raisonnement devrait
se baser sur des critères objectifs rigoureux, influencés par la nature et la
localisation de la blessure, l’application d’un traitement conservateur ou
chirurgical et d’une éventuelle rééducation.
Les observations spécifiques de différents spécialistes - médecins,
kinésithérapeutes et préparateurs physiques - mériteraient d’être intégrées
pour formuler une décision finale. La réalité de terrain démontre cependant des
attitudes très contrastées et la régulière absence de critères objectifs
basés sur des tests, mesures et/ou examens complémentaires. Sur le plan scientifique, la littérature
consacrée aux « return to play criteria » apparaît également
incomplète et souvent basée sur des facteurs hypothétiques plutôt qu’issus de
l’ « evidence based ». Parmi les éléments à prendre en considération
pour guider le retour du sportif sur le terrain, la fonction musculaire
occupe une place à priori incontestable.
Quantifier les performances musculaires s’accompagne des interrogations
suivantes : -
Dispose-t-on d’outils de mesure fiables sur le terrain et en
laboratoire ? -
Les paramètres mesurés sont-ils suffisamment reproductibles, sensibles
et spécifiques ? -
Existe-t-il des valeurs de référence fixant des limites de normalité,
tenant compte parfois de la pratique sportive spécialisée ? -
La persistance d’une anomalie est-elle préjudiciable lors du retour
sur le terrain ? -
En pratique, utilise-t-on réellement ces outils, que ce soit chez le
sportif professionnel ou de loisir ? La dynamométrie isocinétique a fait l’objet
de nombreux travaux afin de vérifier la reproductibilité des paramètres
mesurés (tel le moment de force maximum développé par un groupe musculaire)
et construits (tels les ratios agonistes / antagonistes). La technique isocinétique est actuellement
intégrée à l’encadrement de sportifs de haut niveau, à des fins curatives
mais aussi préventives. L’élaboration
d’un protocole d’évaluation isocinétique concerne le choix du mode de
contraction, de la vitesse angulaire, du nombre de répétitions et de la durée
des périodes de récupération. Ce
protocole sera adapté à la discipline pratiquée et à la nature d’une
éventuelle lésion (en particulier respect des délais de cicatrisation –
consolidation). L’interprétation d’un test se base
classiquement sur : -
la comparaison bilatérale entre muscles homologues, quantifiant une
éventuelle asymétrie (en %), -
l’équilibre agonistes / antagonistes, par exemple ratio
Ischio-Jambiers / Quadriceps ou Rotateurs Externes / Rotateurs Internes
d’épaule, -
la qualité de force relative, exprimant le moment de force maximum
développé par unité de masse corporelle. Sur la base d’études réalisées au sein de
notre Département, les points suivants retiennent particulièrement notre
attention : 1) Sur une série de plus de 600
joueurs de football professionnels (Belgique, France, Brésil), les
performances isocinétiques des fléchisseurs et extenseurs du genou, mesurées
en début de saison, ont été confrontées avec les antécédents lésionnels des
structures (osseuses, ligamentaires, méniscales, musculo-tendineuses, …), à
proximité du genou. L’ensemble de ces
joueurs étaient jugés aptes à la pratique compétitive par le staff médical du
Club au moment des tests isocinétiques.
Dans cette série, plus de 60 % des joueurs explorés rapportaient des
antécédents lésionnels significatifs et, parmi eux, 65 % conservaient des
insuffisances et des déséquilibres de performances musculaires [1]. Cette observation permet de s’interroger
sur les critères utilisés dans le football professionnel pour définir le
moment le plus opportun au retour compétitif, même s’il faut parfois accepter
la « réalité de terrain ». 2) De façon inquiétante, la fréquence
de jeunes joueurs (parfois moins de 17 ans), conservant des anomalies de
performances musculaires lors du retour sur le terrain après lésion, apparaît
déjà aussi élevée (60 %) [2]. 3) La présence d’anomalies des
performances musculaires au membre inférieur concerne également le joueur de
basket-ball professionnel [3]. 4) Au-delà de compromettre certaines
composantes de la performance sportive, les anomalies et déséquilibres de
force musculaire majorent le risque de survenue de pathologies sportives
spécifiques. Le concept a ainsi été
vérifié sur les lésions musculaires intrinsèques des ischio-jambiers [4,5,6]. Les joueurs
de football professionnels qui se caractérisent, en début de saison, par
l’anomalie de certains paramètres isocinétiques (particulièrement en mode
excentrique) présentent un risque de déchirure des ischio-jambiers multiplié
par quatre en comparaison avec des joueurs « équilibrés » [7]. De façon originale, les joueurs
initialement déséquilibrés et qui bénéficient d’un programme de compensation
efficace reconnaissent une réduction significative du risque lésionnel. En conclusion, il semble légitime de recommander un contrôle
des performances musculaires lors du retour sur le terrain après certaines
blessures chez le sportif. L’intérêt
préventif de tests en début de saison, visant à identifier et compenser
ensuite les sujets à risque de lésion ischio-jambière, est également
démontré. Références 1. Croisier JL, Ganteaume S, Genty M,
Binet J, Ferret JM. Incomplete
muscle strength recovery in injured professional football players. Abstract book du 11th Annual
Congress of the 2. Lehance
C, Binet J, Bury T, Croisier JL. Muscular strength, functional performances and injury risk in
professional and junior elite soccer players. Scand
J Med Sci Sports, 2008 (in press). 3. Schiltz M, Lehance C, Maquet D, Bury
T, Crielaard JM, Croisier JL. What does isokinetic and
functional testing in professional basketball players really teach us? J Athl Training, 2008 (in press). 4. Croisier JL. Factors associated with recurrent hamstring injuries. Sports Med, 2004, 34, 681-695. 5. Croisier JL. Isocinétisme et prévention lésionnelle musculaire. In : Muscle traumatique et mécanique, Masson, Paris, 2005, 173-179. 6. Croisier
JL, Forthomme B, Namurois M, Vanderthommen M, Crielaard JM. Hamstring muscle strain recurrence
and strength performance disorders. Am J Sports Med, 2002, 30, 184-188. 7. Croisier JL, Ganteaume S, Genty M,
Binet J, Ferret JM. Strength
imbalances and prevention of hamstring injury in professional soccer players:
a prospective study. Am J Sports Med, 2008 (in press). |