A l’initiative du Groupement d’Isocinétisme Belge et Luxembourgeois

 

6ème Journée Belge d’ISOCINETISME

Vendredi 14 et samedi 15 mars 2008

 

 

SUIVI ISOCINETIQUE ET LAXOMETRIQUE DE 148 LIGAMENTOPLASTIES DU LCAE

 

DELAHAYE H., WIART F., BIBRE P., GOETHALS M., LETOMBE A., MORTREUX P.,

SCHUMAKER P., VANCOPPENOLE S., VANVELCENAHER J., ISTAS D.

CRRF L’ESPOIR. LILLE-HELLEMMES. FRANCE

 

Email : herve.delahaye@centre-espoir.com

 

Cette étude a comme objectif de suivre l’évolution d’une plastie du LCAE, de rechercher des relations entre les paramètres cliniques, isocinétiques, laxométriques et fonctionnels puis de comparer les résultats isocinétiques de 2 séries réalisées au centre l’Espoir.

 

Population

Il s’agit de 148 plasties du LCAE (131 K-J, 17 DIDT) réalisées sous arthroscopie entre 1997 et 2005. Le pourcentage de perdus de vue est de 37% à 12 mois.

 

Protocole de rééducation en centre

La première phase est réalisée en hospitalisation complète, en moy. à 9 j de la plastie, pendant en moy. 21j. Pour les KJ l’appui est rapide, le renforcement du quadriceps n’est réalisé qu’en chaîne cinétique fermée (CCF). Pour les DIDT l’appui n’est complet qu’à J42; on ne fait aucun renforcement. Un relais est effectué en kinésithérapie de ville.

 

La deuxième phase est proposée en hospitalisation de jour de J60 à J90 (inclusion non randomisée); 78 patients (53%) pourront la réaliser; elle comporte entre autres un renforcement (CCO et CCF) sur machines à charge et en mode isocinétique, une réadaptation à l’effort .

 

Protocole d’évaluation

L’évaluation est systématique à 3 mois, 6 mois et un an. Les tests isocinétiques sont réalisés sur Cybex Norm(*). On étudie le déficit du quadriceps (QUAD) et des ischio-jambiers (IJ) ainsi que le ratio (IJ / QUAD) (MFM à vitesse lente). Le seuil pathologique retenu est de 30% pour le déficit du QUAD, 20% pour le déficit des IJ ; pour les ratios, les valeurs limites supérieures et inférieures retenues sont 60 et 90%. La différence des tiroirs antérieurs des 2 genoux est mesurée avec l’arthromètre KT 2000. On étudie le test de Lachman (amplitude identique / plus ample que le côté sain). Une échelle ARPEGE est effectuée.

 

Résultats et discussion

• Les valeurs du genou sain sont stables. Le déficit moyen est successivement à 3 mois, 6 mois et 1 an, de 30%, 22% et 15% pour le QUAD, de 11%, 2.7% et –1.7% pour les IJ. A 3 mois, pour les DIDT, il y a plus de déficit pathologique des IJ (53% si DIDT / 19% si KJ).

 

• Il y a moins de déficits pathologiques si la rééducation est faite intensivement au centre lors du 3° mois : à 1 an : 5.8% vs 17.1% pour les IJ , 9.6% vs 16.7% pour le QUAD mais il n’y a pas de différence significative des déficits moyens avec ceux qui ont eu une rééducation en libéral. Cela parait surprenant ; la fatigabilité au terme d’un programme chargé peut avoir joué ; un test à distance permettant la récupération serait peut-être plus fiable. La rééducation intensive en centre au 3° mois n’est pas nocive pour la plastie car elle ne s’accompagne pas d’une laxité plus marquée, comparativement à ceux qui ont été rééduqués en ville. Ce résultat n’est pas étonnant : le renforcement du QUAD se fait avec un contre – appui résistif tibial proximal; il n’y a pas de renforcement en CCO pendant la première phase et lors de la deuxième phase, le renforcement fait appel à de nombreux exercices en CCF pour ne pas solliciter le tiroir. Maitland a effectué des mesures au KT 2000 10 mn, 1 h 24 h et 7 j après des tests isocinétiques : il ne retrouve aucune influence sur la laxité.

 

• Chez ceux qui ont repris le sport dans l’axe pendant le 3°mois, il y a, à 3 mois, moins de déficit pathologique des IJ (15% vs 32%) et moins de ratios pathologiques (64% vs 82%). Cela n’est pas probablement l’effet de la reprise du sport, quasiment contemporaine du test : les patients qui ont récupéré musculairement se sentaient peut-être plus aptes à la reprise sportive. A un an, il y a plus de différence pathologique de tiroir pour ceux qui ont repris un sport de pivot avant la première année post-opératoire (44% vs 19%)(p=0.0012). Nos résultats ne vont donc pas dans le sens des protocoles accélérés prônés par Shelbourne et Glasgow, Howelle et Mac Donald.

 

• L’analyse multivariée (régression logistique) entre les différents paramètres (Arpege, tests isocinétiques et laxométriques ) ne montre pas de corrélation.

 

• Les déficits sont plus importants dans la série de 1992 (72 KJ). Cela peut s’expliquer par les protocoles de rééducation . En 1992 l’appui complet était différé à la 6° semaine, le renforcement statique du QUAD en CCO était réalisé dès le début de la prise en charge; on constatait alors assez souvent des phénomènes inflammatoires qui ont pu être favorisés par la surcharge prématurée d’un appareil extenseur à peine cicatrisé et ont pu inhiber la fonction musculaire. Dans la série actuelle, le renforcement initial exclue la CCO et n’est réalisé qu’en CCF pour les KJ : il n’y a quasiment plus de réactions inflammatoires; de plus l’appui est immédiat, ce qui peut accélérer la récupération musculaire. La technique chirurgicale peut intervenir : tous les patients sont opérés par arthroscopie dans la série actuelle alors que les arthrotomies sont les plus fréquentes dans la 1° série. Laffargue (29) a montré le bénéfice de l’arthroscopie en terme de récupération musculaire précoce.

 

• A 3 mois on note une corrélation entre un ratio pathologique et une différence pathologique du tiroir à 133 N (2% de différences de tiroir pathologiques si le ratio est dans la norme vs 22% si le ratio est pathologique). Le déficit du quadriceps est plus marqué quand le Lachman est plus ample que quand il est identique (à 6 mois 45% vs 20% ; à un an 26% vs 7.5%). Un déséquilibre musculaire entre le QUAD et les IJ pourrait-il être source d’une plus grande laxité ?