EXPLORATIONS FONCTIONNELLES
ET ISOCINÉTIQUES
DE L’ÉPAULE DU JOUEUR DE TENNIS.

 

Amandine SCHMIDT

Promoteurs : Prof. J-L Croisier, B. Forthomme

Université de Liège, 2002

 

Le tennis est un sport à prédominance unilatérale.

La répétition importante de mouvements tels que le smash, le service, impose à l’épaule du joueur un stress élevé.

Le service se révèle être le mouvement le plus fréquent lors d’un match de tennis. Il est également le facteur principal de la survenue de lésions.

Trois objectifs ont retenu notre attention lors de ce travail :

Détermination du profil musculaire de l’épaule grâce à l’isocinétisme ;

Recherche d’une relation entre la force musculaire déterminée à l’isocinétisme et la performance sur le terrain ;

Recherche d’un éventuel lien entre les mesures goniométriques au niveau du membre supérieur, les valeurs isocinétiques ainsi que la performance sur le terrain.

 

►Définition des populations

 

Deux populations ont été étudiées :

- 21 joueurs de tennis, masculins, de haut niveau (B+4/6 à A20) ne présentant aucune pathologie au niveau de l’épaule lors de la réalisation des tests.

- 9 sujets sportifs de loisir ne pratiquant pas de sports impliquant les membres supérieurs. Les expériences ont été effectuées lors d’une étude antérieure.

 

►Matériel et méthode

 

Tests de terrain :

-mesure de la vitesse de balle au service à l’aide d’un 

-radar du nom de « Traineur Rid Out » ;

-test de lancer d’un poids de 800 grammes ;

-mesures des amplitudes articulaires passives à l’aide du goniomètre, détermination de l’existence d’un conflit au niveau du toit de l’épaule ;

-mesure de l’envergure.

 

Dynamomètre isocinétique :  « Cybex Norm »

 

 

►Protocole expérimental

 

Mesure de la vitesse de balle au service : réalisée selon les règles standards au tennis.

Test de lancer : position du bras, au départ, est celle de la phase d’armer.

Examen clinique

Dynamomètre isocinétique :

- épaule dominante en rotation interne et externe en mode concentrique aux vitesses angulaires de 60, 240 et 400°/sec. ainsi qu’en mode excentrique à 60°/sec.

- coude dominant en flexion-extension aux vitesses angulaires de 60 et 180°/sec. en mode concentrique et de 60°/sec. en mode excentrique.

 

 

►Résultats et conclusion

 

1. Nous avons tenté d’établir le profil musculaire du joueur de tennis de haut niveau.

 

L’épaule dominante révèle des moments de force maximum ainsi que des puissances supérieures pour les muscles rotateurs internes par rapport aux muscles rotateurs externes et ce pour toutes les vitesses angulaires en mode concentrique et excentrique.

 

Le coude, quant à lui, présente des muscles extenseurs développant des moments de force maximum toujours plus élevés que ceux retrouvés chez les muscles antagonistes pour l’ensemble des vitesses angulaires en mode concentrique et excentrique.

 

2. La comparaison entre les tennismen et les non-tennismen révèle :

 

 

Vitesses

(°/s.)

Tennismen

(n=21)

Groupe contrôle

(n=9)

 

P

 

Rotateurs internes

(N.m/kg)

 

Exc 60

 

Conc 60

 

Conc 240

 

Conc 400

 

 

(0.11)

 

(0.09)

 

(0.09)

 

(0.09)

 

 

(0.09)

 

(0.09)

 

(0.09)

 

0.37   (0.07)

 

0.104

 

0.009

 

0.009

 

0.048

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau représentant les moyennes et écart-types des moments de force maximum relatifs (N.m/kg), aux vitesses angulaires de 60°/s., 240 et 400°/s. en mode concentrique et de 60°/s. en mode excentrique, chez les tennismen et le groupe contrôle.

 

Selon nos résultats, le tennisman de haut niveau semble présenter une adaptation musculaire ciblée sur les rotateurs internes. Ceux–ci développent des moments de force maximum relatifs supérieurs à ceux développés par les sujets sédentaires en mode concentrique.

La puissance relative développée, à la vitesse angulaire de 240°/s en mode concentrique, est largement supérieure à celle développée par le groupe contrôle.

Les muscles extenseurs du coude chez les joueurs de tennis apparaissent également plus forts par rapport aux sujets sédentaires.

 

3. Nous avons également évalué l’effet de la pratique intensive d’un sport à prédominance unilatérale sur les amplitudes articulaires de l’épaule.

 

Entre le côté dominant et non-dominant chez les joueurs de tennis, nous retrouvons une différence hautement significative entre les amplitudes en rotation externe de l’épaule. Cette dernière apparaît plus importante de 11 % du côté dominant.

La comparaison des deux populations met en évidence une différence significative entre les amplitudes en rotation externe. L’amplitude est plus élevée chez les tennismen.

 

4. La performance au lancer a été évaluée chez les deux populations. Les tennismen se révèlent plus performants et ce de manière significative.

 

5. Nous retrouvons des corrélations entre la vitesse de balle au service ainsi que :

le moment de force maximum relatif des muscles extenseurs du coude. Cette corrélation est inversement proportionnelle à la vitesse de balle ;

la puissance relative des muscles rotateurs internes de l’épaule, à nouveau la relation est négative ;

le ratio des muscles rotateurs externes sur les internes.

 

6. Enfin, nous retrouvons des corrélations entre le lancer du poids ainsi que :

le ratio des muscles extenseurs du coude sur les fléchisseurs, la relation est négative ;

la puissance relative des rotateurs internes.

 

Nous concluons, par ces résultats, que la performance au service n’est pas uniquement due à la force musculaire développée par l’épaule et le coude au cours du mouvement. Elle semble être due, en grande partie à la technique du joueur.