ETUDE ELECTROMYOGRAPHIQUE DE LA FATIGABILITE MUSCULAIRE DU MUSCLE TRAPEZE AU SEIN DE POPULATIONS SAINE, FIBROMYALGIQUE, DEPRESSIVE ET SOUFFRANT DU SYNDROME DE FATIGUE CHRONIQUE.

 

Catherine DUPONT

Promoteurs : B. Zeevaert et D. Maquet

ULG 2002

 

La fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique (SFC) font l’objet de nombreuses controverses suite au fait que le diagnostic est établi uniquement sur base de symptômes, sans être associé à des découvertes physiques diagnostiques ou des tests de laboratoire, de valeur objective. C’est dans cet objectif précis, visant à mettre en évidence l’existence de différences concernant les mécanismes de développement de la fatigue musculaire, que nous avons étudié, par électromyographie de surface quantifiée, le comportement neuromusculaire du muscle trapèze lors d’un effort de fatigue isométrique standardisé au sein de diverses populations (population saine de sexe féminin = population de référence (n = 44), population fibromyalgique (n = 22), population dépressive (n = 10), population souffrant du SFC (n = 11)).

 

Dans notre démarche, nous avons apprécié, dans un premier temps, grâce à une étude EMG quantifiée, le comportement neuromusculaire du muscle trapèze dans les différentes populations au cours d’efforts non fatigants en vue de détecter toute anomalie potentielle préalable à l’état de fatigue.

 

Il en ressort que ces populations se comportent de façon relativement homogène lorsque nous considérons les caractéristiques morphologiques des potentiels d’unité motrice (PUMs) étudiés isolément et le fonctionnement de la jonction neuromusculaire. L’étude EMG quantifiée du recrutement volontaire par électrode aiguille fournit également des résultats globalement superposables entre les différentes populations quelle que soit la technique de quantification employée.

 

Notons, toutefois, que les paramètres EMG corrélés à la force musculaire développée sont diminués dans les populations pathologiques, ces différences s’expliquant probablement par un état de sollicitation musculaire subclinique liée au stress.

 

Par ailleurs, lors de l’exécution d’un effort maximal et conformément à la méthode proposée par Haugthon et al., nous mettons également en évidence l’existence d’une faiblesse centrale chez les sujets fibromyalgiques, d’une part, et l’existence d’une faiblesse périphérique ou musculaire chez les sujets dépressifs, d’autre part.

 

Une fois le comportement neuromusculaire du muscle trapèze analysé lors d’efforts non fatigants, nous avons étudié, par EMG de surface quantifiée, son comportement neuromusculaire lors d’un test de fatigue isométrique standardisé.

L’étape initiale a consisté à déterminer des valeurs normatives à partir de la population de référence.

 

Nous avons ensuite confronté ces normes de manière rétrospective aux résultats obtenus par les différentes populations pathologiques.

 

Notons que, sur base d’une régression linéaire portant sur le log (M/RMS) et traduisant, de ce fait, l’importance du recrutement spatial des unités motrices et donc de l’effort développé, nous avons exclu les sujets dont la participation au test était douteuse (10 % de sujets exclus pour la population de référence, 38 % pour la population fibromyalgique, 30 % pour la population dépressive et 18 % pour les sujets souffrant du SFC).

 

Au cours de ce test de fatigue musculaire, trois variables ont été évaluées (MPF (Hz), RMS (µV) et log(M/RMS)) et analysées selon trois modalités :

1.      la pente et l’ordonnée de l’évolution du paramètre au cours de l’effort (= au cours du temps),

2.      le pourcentage d’accroissement du paramètre estimé à 120 secondes et à 100 % du temps de maintien individuel, et ce, par rapport à sa valeur initiale,

3.      le facteur d’accroissement du paramètre, calculé en divisant le pourcentage d’accroissement à 100 % du temps individuel par celui à 120 secondes.

 

Au vu des résultats obtenus, nous constatons que les sujets fibromyalgiques interrompent leur effort prématurément (242,23 secondes pour les fibromyalgiques versus 421,08 secondes pour la population de référence), le comportement neuromusculaire du muscle trapèze étant toutefois normal. Ce phénomène résulterait d’une altération de la perception d’effort et d’un manque de motivation éventuel, tous deux associés à des niveaux d’activité physique journalières faibles, induisant, de ce fait, une tolérance à la douleur musculaire inférieure chez ces sujets.

 

Nous constatons également que la voie empruntée par la population dépressive pour soutenir cet effort isométrique standardisé diffère de celle de la population de référence (le RMS au temps 0 de la population dépressive vaut 330,71 µV contre 254,19 µV pour la population de référence ; l’évolution de la MPF suit une relation linéaire au cours de l’effort (c’est-à-dire du temps) dont la pente est de –0,0697 chez les sujets dépressifs pour –0,0345 pour la population de référence). Ces constatations permettent, en outre, de réfuter les préjugés de ceux qui estiment que la fibromyalgie est un syndrome purement mental à base anxiodépressive.

 

Par ailleurs, les résultats de configuration "normale", obtenus par la population souffrant du SFC, permettent d’avancer que la fibromyalgie et le SFC, bien que constituant deux entités cliniques très proches, demeurent deux syndromes EMG distincts.

 

Enfin, pour terminer, nous pensons que des études ultérieures portant sur la comparaison du comportement neuromusculaire adopté, lors d’un effort de fatigue, par les populations fibromyalgique et dépressive, d’une part, et les populations fibromyalgique et souffrant du SFC, d’autre part, pourraient présenter des intérêts objectifs non négligeables, concernant notamment la thérapeutique.

 

Notons encore qu’à l’issue de ce travail, il s’avérerait intéressant de suivre les patients fibromyalgiques de façon longitudinale via ce test de fatigue.