HAUTE ECOLE CHARLEROI  EUROPE – DEPARTEMENT DE KINESITHERAPIE

 

Année Académique 2003 – 2004

 

 

 

LES STRATEGIES POSTURALES DES SPORTIFS DE HAUT NIVEAU

REVUE DE LA LITTERATURE ET OUVERTURE VERS LE DOMAINE DE LA KINESITHERAPIE

 

ARTAUD Ophélie, LIGOT Vincent,
IESCA Haute-Ecole Charleroi Europe

 

 

La posture érigée de l'homme, lui laissant les membres supérieurs libres, lui permet une facilité de préhension mais entraîne un état de déséquilibre permanent en raison de la réduction de sa base de sustentation.

 

Pour maintenir sa posture l'homme doit donc jouir d'une certaine faculté d'équilibration. Celle-ci est le résultat de l'intégration de différents systèmes sensori-moteurs. Les informations sensorielles proviennent des entrées proprioceptive, visuelle et vestibulaire. Ces multitudes d'informations bombardent le système nerveux central qui doit les analyser et répondre le plus efficacement possible par une stratégie visant à rétablir la posture de référence. Ces informations sensorielles peuvent parfois être contradictoires et mettent alors le sujet dans une situation inconfortable. Une sélection d'informations sera nécessaire pour éviter une réponse inadéquate.

 

Suivant la maturation des systèmes sensoriels et moteurs ainsi que les rapports avec l'environnement, l'enfant va développer différentes stratégies posturales en fonction du système sensoriel sélectionné préférentiellement au cours de l'ontogenèse. On constate que la relation entre le développement de la faculté d'équilibration et l'environnement est des plus intimes. Cependant nous ne rejetons pas l'idée d'une éventuelle existence d'un héritage génétique concernant cette capacité d'équilibration. C'est une première piste qui nous semble intéressante à développer davantage.                                                      

 

En ce qui concerne la période propice à l'entraînement de cet équilibre, il semblerait que l'âge optimal se situe vers 7 ans, là où l'analyse et le traitement des informations sensorielles sont en plein essor.

 

D'autre part il est possible de modifier les circuits nerveux préexistants et ainsi construire de nouvelles voies nerveuses aboutissant à une stratégie posturale différente et plus adaptée à la situation.

 

La faculté d'équilibration, en forte corrélation avec l'environnement, est dépendante de différents facteurs tels que l'âge, le sexe mais aussi le niveau d'entraînement sportif. D'après les nombreuses études scientifiques réalisées nous pouvons affirmer que les sportifs de haut niveau présentent une capacité d'équilibration majorée par rapport aux sujets non-sportifs. Cette pratique sportive induit une meilleure qualité d'équilibre dans les activités de tous les jours.

 

Les sportifs focalisent l'attention de leur système nerveux central sur les informations sensorielles les plus pertinentes évitant donc de le surcharger par une redondance d'informations. L'entraînement permet ainsi un affinement et une optimisation d'un certain type de réponse posturale. Les sujets sportifs, confrontés à chaque instant à ce phénomène de déséquilibre lors de leur activité, qui cependant leur permet une mise en mouvement facilitée, privilégient de manière générale les informations sensorielles proprioceptives. Contrairement à ces derniers, les sujets novices se reposent plus sur des informations visuelles et vestibulaires.

 

La stratégie proprioceptive-visuelle semble être la plus sollicitée par les sportifs de haut niveau. En d'autres mots, ils contrôlent leur équilibre par des mouvements fins et continus de leurs membres inférieurs, ceci de façon à maintenir leur partie supérieure la plus immobile possible. Cependant, suivant le type de pratique sportive réalisée de façon intensive, les sportifs peuvent développer spontanément leur système vestibulaire au détriment des deux autres systèmes sensoriels, tel est le cas chez les patineurs artistiques.

 

En revanche nous avons constaté au cours de ces expériences recueillies que les personnes âgées souffraient d'une détérioration de leurs différents systèmes sensori-moteurs et donc que leur faculté d'équilibration s'en voyait diminuée. Des chutes parfois importantes, accompagnées de fractures (le plus couramment du col fémoral), en sont souvent la conséquence, conduisant malheureusement à un plus grand risque de morbidité.

 

Différents outils de mesure sont mis à notre disposition actuellement pour permettre une évaluation précise de l'organisation sensorielle adoptée par le sujet ainsi que de la stratégie posturale qui en découle. Par cette évaluation précise des temps de mise en activité des systèmes sensoriels mis en jeu nous savons exactement quel est le système défaillant. Delà un programme de réhabilitation peut alors être mis en route.

Il apparaît donc essentiel que les trois entrées sensorielles soient performantes et les plus entraînées et harmonisées possible conduisant le sportif de haut niveau à maîtriser son corps dans l'espace et ainsi à exceller dans son domaine.

Il nous semble nécessaire de connaître les capacités du sportif en matière d'équilibre d'autant plus après un traumatisme articulaire ou musculaire, ayant comme conséquence une faiblesse des informations proprioceptives, avant son retour sur le terrain. Ceci éviterait des chutes à répétition et donc une perte de son niveau de compétition.

 

D'un autre point de vue, cette réharmonisation et/ou réhabilitation d'un des systèmes de contrôle pouvant être omis ou utilisés inefficacement peuvent être instaurées sous forme d'un programme personnalisé pour les personnes âgées. Celui-ci pourrait être réalisé comme une remise à niveau ou un entretien de leur capacité d'équilibration, avec une fréquence de séances proportionnelle aux besoins du sujet. Cette investigation permettrait sans doute un recul efficace du nombre de chutes et d'une façon indirecte une baisse du taux de prise en charge des soins de santé publique non négligeable.

 

Cette nouvelle approche thérapeutique semblerait satisfaire également les personnes présentant des prothèses de hanche ou de genoux dont la sensibilité proprioceptive à été modifiée, facilitant ainsi la rééducation et diminuant le temps de réadaptation.