Incidence d’un Étirement des Ischio-jambiers et d’un Étirement Neuro-méningÉ sur le Test de LasÈgue

Norbert Deupes

Promoteurs : Patrick Fransoo et Renaud Hage

HELB I.Prigogine 2004

 

 

I.  Introduction

 

Dans bien des cas, lors d’un étirement musculaire, on ne se soucie guère des autres structures que le muscle lui-même. Or, ce dernier n’est pas seul à subir les modifications dues à l’étirement.

Ce mémoire porte sur le test de Lasègue, appelé en Anglais « Straight Leg Raising test » (SLR), élément diagnostique bien connu, par action sur le tronc sciatique. Cependant, ce mouvement de « levé de jambe tendue » est aussi décrit comme un étirement des muscles ischio-jambiers.

La question est donc posée.

Avec le même mouvement, on vient tester deux structures différentes : la rétraction des ischio-jambiers dans un premier cas et l’étirement du tronc sciatique dans un second cas.

À l’aide d’une expérimentation, nous nous efforcerons de déterminer sur quelles structures le test a le plus d’influence : sur les ischio-jambiers ou sur le tronc sciatique ?

 

II.                     Revue de la littérature

 

Étirement Nerveux :

 

L’importance de la mobilité du système nerveux est un élément essentiel pour une bonne harmonie entre les structures. Des tests passifs pour évaluer cette mobilité nerveuse ont été pensés de manière à reproduire certaines mises en tension des nerfs, donner une information objective sur le degré de liberté des structures nerveuses et éclairer le thérapeute sur de possibles compressions ou restrictions par des structures anatomiques extrinsèques (interfaces mécaniques).

 

Le test de Lasègue et le Slump test font partie des tests de tension.

Un de ces tests sera positif si :

-         Il reproduit les symptômes du patient : « son problème » (notion subjective)

-         Il est asymétrique droite/gauche

-         La  réponse au test peut-être influencée à distance : le fait de bouger une autre partie du trajet nerveux provoque une variation dans la réponse.

Par exemple lors de la réalisation du SLR, la flexion dorsale de cheville ou la flexion passive de la nuque (PNF) modifie la symptomatologie.

 

§         Le SLR : La réponse anormale, lors de la manœuvre du SLR, est une diminution de l’amplitude de flexion de hanche ainsi qu’un ressenti différent de celui d’un étirement musculaire, associés à une topographie douloureuse dans une région autre que l’arrière de la cuisse.

 

§         Le Slump test : Ce test permet d’évaluer l’extensibilité et la sensibilité du système neural par un mouvement longitudinal (Shacklock 1995). Par l’ensemble de ses composantes, ce test veut appliquer un maximum d’étirement sur les structures nerveuses entre la partie supérieure du canal rachidien et la pointe du pied. Pour qu’un slump test soit positif, il doit reproduire les symptômes du patient et ceux-ci doivent diminuer lors de la dernière étape du test. Le test est considéré comme négatif lorsque les symptômes ne sont pas reproduits et lorsque l’extension de la colonne cervicale  ne change rien aux symptômes du patient.

 

 

Étirement Musculaire des Ischio-jambiers :

 

Le groupe musculaire des ischio-jambiers peut être étiré de plusieurs façons. Les différents auteurs cités indiquent l‘AKET, le PKET et le SLR pour tester la rétraction de ce groupe musculaire.

Retenons le PKET comme étant celui qui semble le plus valide :

La position de départ est avec la hanche fléchie à 120° et la hanche hétéro-latérale en position neutre. Le thérapeute applique une extension de la jambe sur la cuisse jusqu’à ressentir une tension.

 

Notons que la sensation du patient lors de cet étirement n’est pas modifiée par la mobilisation d’un segment à distance (flexion dorsale de la cheville ou PNF), comme nous l’avons vu pour les tests de tension.

 

III.                  Méthodologie

 

Le but de l’expérimentation est de montrer si durant la manœuvre du  SLR, la première résistance dans l’amplitude de flexion de hanche rencontrée par le thérapeute est de type musculaire ou nerveuse.

 

Critères d’inclusion :

Þ    Adulte de plus de 18 ans.

Critères d’exclusion :

Þ    Avoir eu une pathologie musculaire au niveau des ischio-jambiers depuis au moins 6 mois.

Þ    Antécédents de lombalgie aiguë (depuis au moins 6 mois) ou chronique.

Þ    Médication pouvant avoir une influence sur les structures nerveuses ou musculaires. Les personnes sous médicaments neurologiques, comme les neuroleptiques, les anti-parkinsoniens, les antileptiques, les antidépresseurs, sont donc exclus de l’expérimentation.

Þ    Avoir fait du sport 48 heures avant les prises de mesures.

 

L’échantillon de 28 sujets sains (14 hommes et 14 femmes) est divisé en deux groupes de façon aléatoire et indépendante par tirage au sort des noms des participants.

Les deux groupes passent par toutes les conditions expérimentales. Ils sont donc de type apparié.

La méthode est de type intra-groupe O-X-O :

Þ    O représente la mesure de la variable dépendante (en l’occurrence la mesure de l’amplitude de flexion de hanche durant la manœuvre du  SLR ), avant et après X.

Þ    X représente la manœuvre appliquée (soit un étirement de type musculaire X1, soit de type neuro-méningé à l’aide du slump test X2).

On obtient à l’aide de cette méthodologie les deux groupes suivants :

Þ       Groupe 1 :                   O-X1-O puis O-X2-O

Þ       Groupe 2 :                   O-X2-O puis O-X1-O

 

Les deux applications des techniques d’étirement pour les deux groupes, sont séparées d’une période de latence de 2 semaines environ, afin qu’un étirement n’influence pas directement l’autre dans un même groupe.

L’instrument de mesure, pour évaluer le gain d’amplitude de flexion de hanche par les techniques d’étirement, est le pendulomètre Myrin (LIC Rehab Vardrum, Solna, Suéde). Celui-ci est placé au niveau du segment jambier, à 5 centimètres en dessous de la Tubérosité Tibiale Antérieure (TTA). Le degré de précision du pendulomètre est de ± 2°.

 

IV.                 Résultats

 

Les résultats, calculés par le test de Student,  ne nous permettent pas de répondre clairement à la question. Ces derniers montrent une augmentation statistiquement significative dans l’amplitude de flexion de hanche à l’aide des deux techniques d’étirements.

A partir de cette constatation, et malgré un gain dans l’amplitude de flexion de hanche plus important pour l’étirement musculaire, on peut juger que la structure la plus sollicitée est la structure nerveuse.

En effet, un gain de 3.5° pour une élongation maximum de 15% est plus important qu’un gain de 5° avec une élongation maximum de 180%. La structure nerveuse est en fait étirée 8,4 fois plus que la structure musculaire, et ce comparativement à leurs élongations maximales théoriques.

 

V.                   Conclusion

 

Le fait important que l’on peut retenir de cette expérimentation est que lors de la réalisation d’un SLR, le thérapeute doit garder à l’esprit qu’il teste plusieurs structures en même temps. A lui de déterminer, à l’aide de son examen clinique, de la symptomatologie du patient, mais aussi surtout de son expérience clinique, si la douleur ressentie par le patient durant le SLR est de type musculaire ou nerveuse.

Comment le thérapeute peut-il interpréter la manœuvre du SLR dans le but de traiter le tissu mis en difficulté ?

D’un point de vue clinique, le thérapeute doit être à même de différencier la structure, qui par sa mise en tension donne un SLR positif. Le thérapeute avec un patient présentant un SLR positif, différencie le type de tissu mis en difficulté par :

 

Þ    Une comparaison de l’amplitude du SLR avec le membre inférieur opposé.

Þ    La réalisation d’un autre test de tension, comme un slump test, une flexion passive de nuque (PNF) ou encore une flexion dorsale de la cheville au moment où apparaissent les symptômes lors du SLR.

 

Par exemple, avec une amplitude de SLR réduite par rapport à l’autre membre inférieur et la symptomatologie du problème du patient reproduite à distance par un autre test de tension, le thérapeute doit orienter son approche thérapeutique vers le système nerveux.