Effets d’une séance de
kinésithérapie respiratoire sur la saturation en oxygène chez l’enfant
Paul PIERQUIN
Promoteurs : Frédéric VAN HILLE et Philippe LOUIS
HELB I. Prigogine 2004
Résumé
Objectif : La kinésithérapie respiratoire fait partie des moyens de prise en charge des pathologies aiguës de l’appareil pulmonaire de l’enfant. Peu d’études cliniques ont validé cette technique. Notre objectif était d’en évaluer l’efficacité à court terme, sur la saturation en oxygène chez l’enfant atteint de pathologies respiratoires aiguës.
Patients et méthode : L’étude porte sur l’analyse de 96 séances effectuées sur 66 enfants différents âgés de 7 semaines à 7 ans (âge moyen : 1 ans et 7 mois). Chaque séance comporte une prise de saturation, une désobstruction bronchique avec ou sans aérosolthérapie médicamenteuse, puis deux nouvelles prises de saturation intercalées de 3 minutes. Les résultats sont analysés par le test statistique de t de Student.
Résultats : Il n’y a pas eu d’évolution significative de la saturation entre le début et la fin immédiate de la séance (97.49% vs 97.65ù, p = 0.30). Par contre, il y a augmentation hautement significative de ce paramètre entre le début de la séance et 3 minutes après la fin de celle-ci (98.08 vs 97.49%, p = 0.0007).
Conclusion : La kinésithérapie respiratoire a amélioré de façon significative la saturation transcutanée en oxygène à court terme dans une population d’enfants atteints de pathologies respiratoires aiguës. D’autres études sont nécessaires afin d’en évaluer l’intérêt à plus long terme.
1. Schéma d’étude
L’étude consiste à évaluer l’effet d’une séance de kinésithérapie respiratoire sur la saturation en oxygène d’un enfant présentant un encombrement bronchique à type occasionnel, et ce à n’importe quel stade de la pathologie. Il ne s’agit donc pas d’évaluer le traitement complet mais bien une seule séance. Celle-ci comprend un rinçage du nez, un drainage bronchique et selon la prescription du médecin, une aérosolthérapie médicamenteuse. Trois prises de saturation sont effectuées : une avant la séance et deux à la fin de celle-ci, intercalées de 3 minutes. Les valeurs sont analysées à l’aide du test de t de Student avec une valeur de p < 0,05 considérée comme significative.
2.
Population
L’étude fut effectuée entre le 17 novembre 2003 et le 21 mars 2004 dans un centre de kinésithérapie respiratoire. Les enfants ont étés sélectionnés en fonction de leur pathologie et de leur tolérance à la prise de mesure. Ainsi les pathologies chroniques ne rentrent pas dans l’étude ; seules bronchite aiguë, bronchiolite, pneumonie et atélectasie y figurent. La tolérance à la prise de mesure est donnée par l’état d’agitation de l’enfant pendant la mesure.
L’étude porte sur l’analyse de 96 séances effectuées sur 66 enfants différents âgés de 7 semaines à 7 ans. (âge moyen : 1 ans et 7 mois)
3.
Technique de mesure
La prise de mesure a été pratiquée sur les enfants en position assise ou semi-assise à l’aide du saturomètre NONIN 876j comprenant un capteur pédiatrique relié à l’appareil par une fibre optique. La prise se fait au doigt (excepté le pouce) et la validité de la mesure est confirmée par un voyant lumineux. Les valeurs sont prises en considération lorsque la coloration verte sur le voyant de perfusion se stabilise au moins dix secondes.
4.
Protocole
Les séances de kinésithérapie effectuées durent de 30 à 45 minutes. Le déroulement est variable selon l’évolution de l’encombrement mais le schéma thérapeutique reste quasi identique : les séances comportent chronologiquement une prise de saturation, une anamnèse détaillée, une auscultation pulmonaire, un rinçage du nez, un drainage bronchique sur ballon, une aérosolthérapie (humidificatrice ou médicamenteuse) entrecoupée de percussions intrapulmonaires (IPV®), un drainage autogène adapté, une nouvelle auscultation et deux prises de saturation intercalées de 3 minutes.
5.
Résultats

6.
Conclusion
- En aucun cas il n’y a de désaturation significative en fin de séance.
- Pour les pathologies restrictives, une séance de kinésithérapie respiratoire ne provoque aucune modification significative de la saturation (97.37%, 97.24%, 97.37% ).
- Pour les enfants dont la saturation en oxygène est strictement inférieure à 98% en début de séance, la kinésithérapie respiratoire entraîne une augmentation significative ( p = 0.015 ) de ce paramètre, ce 3 minutes après la fin de la séance ( 97.14% vs 96.30% ) .
- Toutes pathologies confondues, la kinésithérapie respiratoire chez l’enfant n’entraîne pas de désaturation significative en fin immédiate de séance. Par contre, elle augmente l’oxygénation sanguine de façon hautement significative ( p = 0.0007 ) 3 minutes après la fin de la séance ( 98.08% vs 97.64% ), surtout pour les pathologies obstructives ( 98.16% vs 97.68%, p = 0.0002 ).
On peut dire grâce à notre étude que la kinésithérapie respiratoire en ambulatoire chez les enfants atteints de pathologies aiguës augmente à court terme la saturation en oxygène.
Au vu de la littérature, nous n’avons aujourd’hui aucune étude qui montre dans une population semblable à la notre que nous sommes plus ou moins efficace en terme d’augmentation de la saturation en oxygène chez l’enfant. Il nous parait donc indispensable de poursuivre ce genre d’étude en prenant des populations plus grandes, des enfants hospitalisés et en espaçant plus les temps de prise des saturations. En effet, d’autres études mises en parallèle avec celle-ci pourront peut être, en étudiant d’autres paramètres que la saturation, donner enfin la preuve scientifique que la kinésithérapie respiratoire pédiatrique en ambulatoire a une place prépondérante dans nos sociétés et surtout est indispensable et efficace.