ÉTUDE DE
APPROCHE EXPÉRIMENTALE
Céline Rosenkranz,
Promoteurs : Annick Vandeuren, Marc Bourgeois
HELB I.Prigogine, 2004
Introduction
L’apprentissage de la marche représente un des principaux objectifs moteurs chez le jeune enfant.
Cependant, dans de nombreux cas d’Infirmité Motrice et Cérébrale et notamment dans la diplégie spastique, la déambulation dépasse les capacités de l’enfant qui tente de se déplacer malgré la spasticité, les rétractions musculaires, les déformations orthopédiques et avec les moyens dont il dispose.
L’objectif de ce mémoire est d’analyser, de manière expérimentale, la marche du jeune enfant diplégique spastique, au niveau des paramètres spatio-temporels et de la comparer à celle d’enfants sains.
De plus, nous avons comparé les enfants IMC entre eux, afin de voir s’il existe une différence significative entre les différents groupes d’âge (5 / 9 ans, 10 / 12 ans et 13 / 17 ½ ans) et s’il existe une différence entre les enfants opérés et ceux qui n’ont pas subit d’intervention chirurgicale.
Méthode et population
Nous disposons d’une population de 38 enfants
diplégiques spastiques, âgées de 5 à 17 ans ½ (la moyenne d’âge est de 10,88
ans ± 3,71) et capables de marcher sans aide. De plus, les patients ont une
compréhension correcte et ne présente aucune autre pathologie pouvant fausser
les résultats (pieds bots,…).
Les patients ont effectués leur analyse de marche dans le laboratoire des Cliniques Universitaires Saint Luc.
Nous avons placé des marqueurs sur les principaux repères anatomiques (grand trochanters, épines iliaques, malléoles,…) ainsi que des électrodes de surface sur certains muscles (quadriceps, ischio-jambiers, jumeaux, péroniers latéraux,…).
Nous nous sommes limités à l’étude des paramètres spatio-temporels de la marche, qui sont :
- la vitesse de marche,
- la longueur du pas,
- la cadence du pas,
- la durée de la phase d’appui.
Pour chaque paramètre étudié, nous avons utilisé le test de Student, qui permet de comparer les moyennes de 2 échantillons. Nous avons fixé le seuil de probabilité à p = 0,005.
De plus, grâce à l’intervalle de confiance, nous avons étudié la dispersion du groupe des IMC afin de déterminer si le groupe est bien homogène.
Enfin, nous avons également utilisé le test de Student afin de comparer les enfants diplégiques spastiques entre eux, avec p = 0,05.
Résultats
-
Concernant la comparaison entre les enfants diplégiques
spastiques et les enfants sains :
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|
|
|
|
Test de Student t = |
Niveau de signification |
Intervalle de confiance Dispersion |
||
|
Moyenne des enfants sains |
Moyenne des IMC |
% norme |
|
Moyenne
|
|
|||
|
Vitesse de marche |
4,45 km/h |
1,93 |
43,38 |
- 14,54 et - 16,07 |
S*** |
0,46 |
1,94 |
3,42 |
|
Longueur du pas |
0,514 m |
0.3151 |
59,98 |
- 10,33 |
S*** |
0,08 |
0,32 |
0,55 |
|
Cadence du pas |
61,076 pas/min |
102,89 |
173,47 |
- 10,47 |
S*** |
54,41 |
102,89 |
151,37 |
|
Durée de l’appui |
65,73 % |
71,63 |
108,96 |
5,07 |
S*** |
57,33 |
71,63 |
85,93 |
-
Concernant la comparaison entre les groupes d’âge et
les enfants opérés ou non :
|
|
Moyenne (km/h) |
Test de Student t = |
Moyenne |
Test de Student t = |
Niveau de
signification |
Moyenne |
Test de Student t = |
Niveau de
signification |
Niveau de signification |
Moyenne |
Test de Student t = |
Niveau de signification |
|
Avec intervention et Sans intervention |
1,9 1,96 |
- 0.19 |
97,54 105,07 |
- 0,003 |
NS |
73,34 70,93 |
0,017 |
NS |
NS |
0,33 0,31 |
0,52 |
NS |
|
5 / 9 ans et 10 / 12 ans |
1,79 1,93 |
0.041 |
107,15 96,41 |
0,99 |
NS |
72,47 76,05 |
- 1,38 |
S* |
NS |
0,289 0,294 |
- 0,085 |
NS |
|
10 / 12 ans et 13 / 17,5 ans |
1,93 2,51 |
- 1,44 |
96,41 101.03 |
- 0.383 |
NS |
76,05 66,52 |
2,71 |
S* |
NS |
0,294 0,41 |
- 1,77 |
S* |
|
5 / 9 ans et 13 / 17,5 ans |
1,79 2,51 |
- 2.38 |
107,15 101,03 |
0,73 |
NS |
72,47 66,52 |
2.10 |
S* |
S* |
0,289 0,41 |
- 2,71 |
S* |
Discussion
-
Concernant la comparaison entre les enfants diplégiques
spastiques et les enfants sains :
· La vitesse de
marche :
Nous avons trouvé que tous les diplégiques spastiques ont une vitesse
de marche inférieure à la normale. Ceci peut s’expliquer
par les co-contractions
agonistes-antagonistes qui « bloquent » la mobilité de l’articulation
et qui peuvent entraîner des rétractions musculaires. De plus, l’enfant doit contrôler ses articulations
dans les différents plans car il existe un manque de stabilité articulaire à
tous les étages. Sa marche demande également une plus grande consommation d’O2 et une des caractéristiques de
l’IMC est la lenteur.
· La longueur du
pas :
Elle
est inférieure à la normale car il n’y a pas d’extension complète de la hanche à la fin de
la phase d’appui (à cause de la spasticité au niveau du psoas
et du droit antérieur et de la faiblesse des extenseurs de hanche) ni d’extension complète du
genou à la fin de la phase d’oscillation (en raison de la
co-contraction entre le droit antérieur et les ischio-jambiers).
· La cadence du
pas :
Elle
est (très hautement) significativement augmentée chez les IMCcar ils sont en déséquilibre permanent, courant
après leur centre de gravité et ils s’aident de la pesanteur pour marcher.
Enfin, si le patient augmente la fréquence de ses pas, cela compense un peu la diminution de la longueur du pas.
· La durée de la phase
d’appui :
Nous constatons une augmentation des temps
de double appui, ce qui traduit une incertitude quant à l’équilibre.
De plus, ils
passent difficilement le poids du corps sur une seule jambe.
-
Concernant la comparaison entre les groupes d’âge et
les enfants opérés ou non :
La croissance (et l’aggravation des rétractions musculaires et des déformations orthopédiques qui en résultent) peut expliquer les résultats que nous observons et qui sont :
-
une augmentation de la vitesse de marche et de la longueur du pas,
-
une dégradation de la marche qui s’exprime par une diminution de la
cadence et une augmentation de la durée de l’appui, dans le groupe des 10/12
ans.
Conclusion
L’analyse
des paramètres spatio-temporels nous a permis de démontrer que la marche de
l’enfant diplégique spastique est fortement perturbée par rapport à celle de
l’enfant sain.
Au
niveau de la kinésithérapie, il s’agira de prévenir et/ou de lutter contre les déformations
orthopédiques, d’améliorer l’équilibre et de travailler au niveau de la qualité
de la marche.
Mais
il serait utile, dans l’avenir, de compléter ce travail par une analyse des paramètres
cinématiques, cinétiques, électromyographiques ainsi que par la mesure de la
consommation en oxygène.