Contribution à l’évaluation de l’endurance des muscles extenseurs du tronc chez le lombalgique chronique (test de Sorensen)

 

 

Laurent SERRE (promotion 2004 - ULG)

Promoteurs : C. Demoulin et Prof M. Vanderthommen

 

Le lombalgique chronique, en raison des sensations nociceptives que provoque sa pathologie, se retrouve enfermé dans un véritable cercle vicieux associant une diminution des capacités physiques, une désinsertion socio-professionnelle et un état dépressif, résultat d’un déconditionnement physique et psychologique qui caractérise la maladie. La pertinence d’un bilan physique, qui évalue les déficits individuels et qui objective l’efficacité de programmes de reconditionnement apparaît évidente. L’évaluation de l’endurance des extenseurs du tronc prend toute sa signification car elle semble plus discriminante que l’évaluation de la force maximale volontaire.

La littérature décrit de nombreux test permettant l’évaluation des muscles extenseurs du tronc. Il apparaît pertinent de les comparer. Cette étude a pour objectifs : l’analyse de la reproductibilité du test de Sorensen, l’influence de l’âge, du sexe et d’un échauffement sur la performance et la mise en parallèle des performances d’une population saine et d'une population de sujets lombalgiques chroniques.

Le protocole expérimental s’intéresse à mesurer le temps de maintien lors de tests d’endurance des muscles extenseurs du tronc dans une population de 90 sujets. Celle-ci est composées d’étudiants sportifs sans antécédents de lombalgie (10 sujets féminins, 10 sujets masculins), d’étudiants sédentaires sans antécédents de lombalgie (10 sujets féminins, 10 sujets masculins), de patients lombalgiques (10 sujets féminins, 10 sujets masculins) et de sujets sains âgés entre 30 et 59 ans sans antécédents de lombalgie (15 sujets féminins, 15 sujets masculins).

Le protocole expérimental soumis aux groupes d’étudiants sédentaires et sportifs se déroule sur trois séances, séparées de deux à trois jours et précédées d’un repos relatif d’une durée minimale de 24 heures, afin d’éviter l’influence de la fatigue musculaire. Le protocole comprend :

 

-              sept épreuves physiques permettant d’apprécier l’endurance musculaire des muscles extenseurs du tronc. Trois de ces épreuves sont décrites dans la littérature: le test de Sorensen (1), le test d’Ito (2), le test dynamique (3). Les quatre autres épreuves sont des variantes originales du test de Sorensen: le test de Sorensen réalisé avec les genoux fléchis et le test de Sorensen accompli avec des charges additionnelles de 4, 8 ou12kg.

 

-              pour chaque épreuve, la quantification de la douleur, la perception de la difficulté de l’effort et la cause d’arrêt sont appréciées respectivement au moyen de l’échelle visuelle analogique de la douleur, de l’échelle de Borg ainsi que d’une question relative à la cause d’arrêt.

 

La récupération accordée entre les épreuves d’une même séance est fixée à 15 minutes, afin d’assurer une récupération suffisante

 

Les groupes de patients lombalgiques et de sujets sains âgés entre 30 et 59 ans sont soumis à une seule et unique séance d’évaluation au cours de laquelle ils réalisent successivement le test de Sorensen à deux reprises et le test dynamique.

L’analyse des qualités métrologiques du test de Sorensen étudiées chez 20 étudiants sportifs et 20 étudiants sédentaires révèle, une reproductibilité intra- et inter-session satisfaisante objectivée, par des coefficients de variation inférieurs à 10%. La reproductibilité intra-session apparaît moins satisfaisante pour les 20 patients lombalgiques masculins (CV =12,1%) et féminins (CV=;17,5%). L’appréhension de ces sujets vis-à-vis de l’effort physique pourrait expliquer cette faible reproductibilité vu l’amélioration des performance au deuxième essais chez la majorité de ces patients. L’implication première de nos résultats suggère qu’une seule évaluation de l’endurance statique des muscles extenseurs du tronc pour le test de Sorensen n’est pas suffisante dans une population de lombalgiques chroniques.   

 

Les résultats indiquent l’absence d’influence de l’échauffement sur la performance au test de Sorensen. L’activité perpétuelle des muscles extenseurs du tronc au quotidien et le manque de spécificité de l’échauffement sont évoqués pour expliquer ces observations.

Notre étude a confronté le test de Sorensen avec le test dynamique, le test d’Ito et le test de Sorensen genoux fléchis (test original) au sein d’une population d’étudiants sportifs et sédentaires âgés en moyenne de 21 ans. L’intérêt du test d’Ito semble limité : sa complexité de standardisation et les douleurs rachidienne évoquées par certains sujets à son sujet, le rendent peu adéquat pour évaluer de manière rapide et fiable la fonction musculaire. L’existence de corrélation significative entre les performances au test de Sorensen, au test de Sorensen genoux fléchis et au test dynamique suggère de ne pas intégrer dans une étude ultérieure, le test dynamique et le test de Sorensen genoux fléchis, lorsque le test de Sorensen est employé.

 

La comparaison des temps de maintien au test de Sorensen de 20 étudiants sportifs féminins et masculins (qui atteignent respectivement 191 et 141 secondes) à ceux de 20 étudiants sédentaires féminins et masculins (qui atteignent respectivement 146 et 113 secondes) révèle des performances significativement supérieures chez les étudiants sportifs témoignant des bénéfices induits par l’entraînement physique. Une étude complémentaire portant sur la description des performances chez les étudiants sportifs et sédentaires montre que le temps de maintien réalisé au test de Sorensen diminue lorsque les sujets sont soumis à une charge additionnelle.

 

Notre travail met en évidence une diminution des performances avec l’âge résultant  d’une diminution du niveau d’activité physique.

 

Les performances des 20 patients lombalgiques (93,2 ± 24,2 et 114,8 ± 27,1 secondes respectivement chez les sujets masculins et féminins) et de sujets sains appariés (130,5 ± 34,1 et 122,5 ± 31,5 secondes respectivement chez les sujets masculins et féminins) au test de Sorensen ont été comparées. Les résultats indiquent des temps de maintien inférieurs chez les sujets lombalgiques, confirmant comme d’autres études, le caractère discriminant de cette évaluation. L’appréhension de ces sujets vis-à-vis d’un effort physique et l’atrophie des muscles paravertébraux explique certainement ces différences.

 

Le test de Sorensen qui permet l’examen de l’endurance des muscles extenseurs du tronc, se révèle être un test clinique de terrain bien toléré (aussi bien au sein de populations asymptomatiques et surtout lombalgiques) et valide.  

   

BIBLIOGRAPHIE

1.      ALARANTA H, HURRI H, HELIOVAARA M, SOUKKA A, HARJU R. Non-dynamometric trunk performance tests: reliability and normative data. Scand J Rehabil Med. 1994; 26:211-5.

2.      BIERING-SORENSEN F. Physical measurements as risk indicators for low-back trouble over a one-year period. Spine. 1984; 9:106-19.

3.      ITO T, SHIRADO O, SUZUKI H, TAKAHASHI M, KANEDA K, STRAX TE. Lumbar trunk muscle endurance testing: an inexpensive alternative to a machine for evaluation. Arch Phys Med Rehabil. 1996; 77:75-9.