LE
RECONDITIONNEMENT PHYSIQUE DU LOMBALGIQUE CHRONIQUE AU C.H.U. LIÈGE
ETUDE
RÉTRO- ET PROSPECTIVE
Mémoire de Licence en Kinésithérapie
et Réadaptation (ULG, septembre 2003)
Présenté par: Anne-Catherine VEYS
Promoteurs :
Prof. M. VANDERTHOMMEN et C. DEMOULIN
Malgré le nombre croissant de travaux scientifiques qui y sont consacrés, la lombalgie commune chronique demeure, dans tous les pays industrialisés, un problème de santé public majeur. Celle-ci se caractérise par un déconditionnement à la fois physique et psychologique, qui enferme le lombalgique chronique dans un véritable cercle vicieux associant une diminution des capacités physiques, une accentuation des sensations nociceptives, une désinsertion socio-professionnelle et un état dépressif. Le versant physique du déconditionnement implique à la fois une perte de flexibilité lombo-pelvi-fémorale, une diminution de la force et de l’endurance musculaire, une désadaptation cardio-respiratoire à l’effort, et une inhibition neuro-musculaire (kinésiophobie). Dans ce contexte, l’idée d’associer à l’Ecole du Dos un programme de réentraînement à l’effort pourrait trouver un intérêt tout particulier
Cette étude a pour objectif de comparer l’efficacité d’un programme d’Ecole du Dos (auquel participe le « groupe témoin ») à un programme associant Ecole du Dos et reconditionnement physique (auquel participe le « groupe RP »). Ce travail se compose de deux parties comparant respectivement l’efficacité de ces programmes à court terme (trois mois) et à long terme (2 ans). Cette étude examine également l’évolution des capacités physiques des lombalgiques chroniques participant au réentraînement à l’effort.
Notre programme d’Ecole du Dos se compose de 4 séances de deux heures et demi à raison d’une séance hebdomadaire. Son efficacité est évaluée à quatre reprises (J1, J21, J120, et 2 ans après l’Ecole du Dos pour les sujets de l’étude à long terme) sur base de questionnaires algo-fonctionnels (l’échelle visuelle analogique de la douleur et le questionnaire de Dallas) et d’un parcours-test évaluant la gestuelle de la colonne vertébrale dans la réalisation de certaines tâches de la vie quotidienne.
Notre programme de remise en condition physique, qui fait suite à l’Ecole du Dos, propose deux séances hebdomadaires d’une heure et demi. Il comporte un entraînement cardio-vasculaire sur bicyclette ergométrique, des exercices collectifs de tonification et d’étirements musculaires. Pour évaluer l’évolution des capacités physiques des patients du groupe RP, une batterie de tests physiques est réalisée préalablement au programme et six semaines plus tard au « post-test (et après deux ans pour l’étude à long terme).
Pour notre étude à court terme, le « Groupe Reconditionnement Physique », constitué sur base d’un volontariat, compte 21 sujets (âge moyen : 52 ± 9 ans ; délai des douleurs : 11 ± 8,5 ans) et le « Groupe Témoin » en dénombre 20 (âge moyen 44,5 ans ± 15 ans; délai des douleurs : 9 ± 9 ans).
Les résultats du parcours-test des deux groupes de sujets indiquent une amélioration de la gestuelle vertébrale au terme du programme d’Ecole du Dos (J21) et son maintien à J120. Outre une amélioration de la condition physique générale (force, endurance musculaire et mobilité du complexe lombo-pelvi-fémoral), l’association d’un programme de reconditionnement physique à des séances d’Ecole du Dos entraîne une diminution plus importante des scores algo-fonctionnels dans le groupe RP que dans le groupe Témoin.
L’étude à long terme comporte des échantillons modestes : le « groupe RP » est composé de 6 sujets (âge moyen : 56 ± 6 ans ; délai des douleurs : 8 ± 5,5 ans) et le « groupe Témoin » est constitué de 8 sujets (âge moyen : 46 ± 7 ans ; délai des douleurs : 8,5 ± 7 ans). La faible taille de ces groupes expérimentaux ne permet pas de tirer des conclusions mais seulement de dégager des tendances.
Deux ans après la participation à l’Ecole du Dos, les résultats du parcours-test soumis aux deux groupes révèlent le maintien d’une bonne compréhension et intégration des mécanismes protecteurs de la colonne vertébrale. Les scores algofonctionnels ne diffèrent pas entre les groupes, et demeurent inférieurs à ceux de J1. Les résultats de la batterie de tests physiques indiquent une tendance vers la diminution des capacités d’endurance et de force musculaire du groupe RP par rapport au post-test. La diminution des activités physiques du groupe RP pourrait expliquer la non-persistance des bénéfices à long terme.