Grille d’observation et incidence de la position assise sur le développement

de la locomotion quadrupédique chez l’enfant sain.

 

Beeckman Johanna

Haute École Paul-Henri SPAAK, I.S.E.K. – Kinésithérapie, Bruxelles

Mémoire de l’année académique 2004-2005

 

Réalisé en collaboration avec le service de kinésithérapie des Hôpitaux Iris Sud, site Ixelles

Bénédicte Guislain, licenciée en kinésithérapie, thérapeute Bobath N.D.T., kinésithérapie neuro-pédiatrique

Vincent Degueldre, licencié en kinésithérapie, kinésithérapie ortho-pédiatrique

 

Introduction

La locomotion quadrupédique est un comportement “primitif” et un comportement hautement sophistiqué. L’enfant doit gérer pour la première fois des contraintes d’équilibre dynamique, des informations proprioceptives et visuelles, pendant que tout son corps est en mouvement et en déplacement. Nous entendons par locomotion quadrupédique une marche sur les mains et les genoux, l’abdomen soulevé du sol. Nous sommes partis de l’observation de la locomotion quadrupédique chez l’enfant sain. Nous avons filmé les enfants dans leur activité motrice et, plus particulièrement, lors de la locomotion quadrupédique. Nous avons élaboré une grille d’observation de la locomotion quadrupédique pour tenter d’objectiver cette observation. Elle est composée de 15 items. La littérature relate une grande variabilité de stratégies locomotrices précédant la marche bipède chez l’enfant sain. Largo et coll. (1985), observent que si 87 % des enfants, suivent les séquences régulières du développement de la locomotion, 13 % des enfants n’ont soit pas rampé, soit pas marché à quatre pattes. Des résultats similaires sont obtenus par Bottos et coll. (1989), respectivement 71 % et 12 %.

Problématique

Nous avons voulu nous pencher sur les facteurs influençant l’acquisition de la locomotion quadrupédique. Nous nous sommes dès lors demandé quelle était l’incidence de la position assise sur le développement locomoteur des enfants, et sur la marche quadrupédique, en particulier.

 

Hypothèse

Installer un enfant en position assise, avant que celui-ci ne soit capable de prendre et de quitter cette position seul, défavorise l’apparition du déplacement à quatre pattes. 

 

Protocole

Nous avons contacté 25 crèches au hasard via le bottin de téléphone de la zone de Bruxelles. Nous avons recueilli, auprès de la puéricultrice de référence de l’enfant, les données relatives à son développement Nous avons interrogé 32 puéricultrices entre les mois de janvier et avril 2005.

 

Matériel et méthode

Enquête sous forme de questionnaire. Il a été présenté à chaque puéricultrice référente. Nous avons préalablement défini le type de déplacement repris par chaque question. Le formulaire a été lu et rempli par nos soins en présence des enfants lors de notre entrevue.

 

Questions posées 

Prénom de l’enfant ; âge au moment de l’enquête; l’enfant a-il roulé ? ; l’enfant a-il rampé ? ; l’enfant a-il marché à quatre pattes ? ; l’enfant a-il marché assis sur les fesses ? ; autre type de déplacement ? ; l’enfant a-il été mis assis ? ; l’enfant peut-il s’asseoir seul ? ; l’enfant peut-il se mettre debout seul ? ; l’enfant marche-t-il seul ?

 

Sélection de la population

Des enfants qui se déplacent et qui fréquentent une crèche dans la région bruxelloise.

 

Résultats et discussion

Nous avons analysé les données de 160 enfants. Le critère d’exclusion a été établi à partir du plus jeune enfant qui se déplace à quatre pattes et qui est âgé de 8 mois. L’observation des effectifs du tableau de contingence entre les variables “marcher à quatre pattes” et “être mis assis” nous permet de constater que les enfants “mis assis” marchent moins à quatre pattes que les enfants “non mis assis” et les enfants “non mis assis” marchent plus à quatre pattes que les enfants “mis assis”. Le test Khi2 apparaît comme très hautement significatif. Il nous permet d’affirmer que parmi les enfants mis assis de notre échantillon, nous retrouvons les enfants qui ne marchent pas à quatre pattes. Et que les enfants qui se sont mis assis spontanément ont marché à quatre pattes. Nous avons testé la relation qui existe avec les autres variables et  l’analyse des effectifs du tableaux de contingence indique qu’il existe un lien, très hautement significatif, entre les variables : “rouler” et “ramper” ;  “ramper” et “marcher à quatre pattes” ; “marcher à quatre pattes et être mis assis”. Les résultats de l’analyse factorielle montrent qu’il existe un facteur sous-jacent aux 3 variables étudiées (“rouler”, “ramper” et “marcher à quatre pattes” ).  Ces 3 variables expliquent 47 % de la variance du facteur. Chacune de ces variables serait fortement corrélée avec le “facteur latent”. Nous pensons que la “position ventrale” est un constituant commun aux trois variables “rouler”, “ramper” et “marcher à quatre pattes”. Ce facteur serait en lien avec la qualité, l’aisance du déplacement à partir de la position ventrale.

Ces résultats rejoignent la littérature qui indique que la qualité de la locomotion quadrupédique est plus élevée chez les enfants qui ont préalablement rampé. (Adolph K., 1998, 2003 ; Freedland & Bertenthal, 1994; Goldfield,1989)

Nous avons également testé la variable “mis assis”. Celle-ci sature fortement le facteur latent mais de manière négative. Ceci nous amène à penser que  “mis assis” s’oppose aux trois autres variables “rouler”, “ramper”et “marcher à quatre pattes”. Autrement dit, le fait d’avoir mis un enfant assis au cours de son développement aurait une influence négative sur sa mobilité.

Conclusion

A travers cette étude, nous avons voulu attirer l’attention sur des pratiques apparemment anodines et qui se sont avérées influencer tout le développement psychomoteur de l’enfant. Mettre un enfant en position assise n’est pas favorable au développement de sa mobilité mais la position assise n’est certainement pas la variable unique. Elle est la variable étudiée dans le cadre de ce travail. Des travaux ultérieurs pourraient en déterminer d’autres.

 

Références bibliographiques

Adolph K., Berger S., “Physical and Motor Development” (2005), wwwpsy.cmu.edu/siegler/423.Adolph-berg.pdf

Adolph K., “Learning to crawl”, in Child development, 1998, vol. 69, n° 5, p. 1299-1312

Bottos M., “Locomotor strategies preceding independent walking : prospective study of neurological and language development in 424 cases ”, in Developmental Medicine and Child Neurology, 1989, vol. 31, p. 25-34

Dimeglio A., La marche de l’enfant, 2002, Paris, Ed. Sauramps médical

Freedland R., Bertenthal B., “Developental changes in interlimb coordination”, in American Psychological Society, 1994, vol.5, n° 1, p. 26-32

Goldeld e., “Transition from Rocking to Crawling”, in Developmental psychology, 1989, vol. 25, n° 6, p.  913-919

Largo R. and al., “Early development of locomotion: Signiance of prematurity, cerebral palsy and sex”,  in Developmental Medicine and Child Neurology, 1985,vol. 27, p183-191

Pikler E., Se mouvoir en liberté dès le premier âge, 1979, Paris, PUF