HAUTE ECOLE LIBRE DE
BRUXELLES ILYA PRIGOGINE
2006
Conception et essai de validation d’un outil de mesure des mouvements
d’antéversion et de rétroversion du bassin
PUGLIESI William
Ce mémoire de fin d’études a
pour objet de présenter un outil de mesure valide et fiable des mouvements
d’antéversion et de rétroversion du bassin. La conception de cet outil n’a été
possible qu’en tenant compte des particularités de la mobilité du bassin chez
l’homme, laquelle est conditionnée par l’environnement dans lequel il évolue.
Notre étude s’est intéressée à l’explication biomécanique de ces
« mouvements » chez des sujets sains afin concevoir un outil adapté
et spécifique.
La partie théorique répond aux questions
suivantes :
-
Quelle
est l’importance de la gravité dans la morphologie pelvienne ?
-
De
quelle façon la mécanique pelvienne et péri pelvienne s’organise-t-elle lors
des mouvements étudiés et pour quelles raisons ?
-
Quels
sont les principaux facteurs pouvant modifier les mouvements étudiés et
perturber leur mesure?
-
Quels
sont les outils actuels de mesures et leurs particularités?
-
Quels
sont les besoins actuels auxquels doit répondre un nouvel outil de
mesure ?
La gravité et la réaction normale du sol sont deux forces d’application
constante et permanente qui façonnent la morphologie humaine. Tous les systèmes
sont concernés : les os, les muscles et les tissus. Pour que le corps
s’organise en position debout équilibrée, l’homme doit placer son centre de
gravité à l’aplomb de sa base de sustentation. Or, le dit centre de gravité est
localisé au niveau pelvien. C'est pourquoi, la version pelvienne influence
l’ensemble du corps. La version se réalise essentiellement autour de l’axe
bicoxal, en fonction du contre appui postérieur du tronc sur la charnière
lombo-sacrée. La littérature recensée dans l’analyse biomécanique (ouvrages et
articles) ne propose pas toujours de vraies synthèses pour chacun des
mouvements étudiés. Cependant, elle permet l’élaboration d’hypothèses
personnelles qui sont accompagnées de nombreux croquis.
Voici en résumé, un bilan de ces hypothèses pour les configurations
associées aux différents mouvements de la version pelvienne étudiés :

Lors d’un mouvement d’antéversion du bassin,
le corps se déplace en chute antérieure et active le système de suspension
postérieure activo-passive. Le corps apparaît en dynamique d’extension :
au niveau du rachis, la cyphose dorsale diminue alors que la lordose lombaire
augmente. Au niveau pelvien, la bascule antérieure des iliaques est suivie de
la nutation sacrée limitée par la rigidification de la charnière
lombo-sacrée. Au niveau des hanches, la composante musculaire de rotation
interne est favorisée et place les têtes fémorales en impaction maximale dans
les cotyles.
La transmission des forces aux membres inférieurs est optimale. Les membres
inférieurs se verrouillent alors, en extension avec une antériorisation des appuis plantaires vers
les orteils pour conserver le centre de gravité à l’aplomb de la base de
sustentation.
Lors d’un mouvement de rétroversion du bassin
le corps se déplace en chute postérieure et active la suspension antérieure
pour tenir l’équilibre. La configuration est ici très différente car se situe
dans une dynamique de flexion : au niveau du rachis, la cyphose dorsale
augmente légèrement et la lordose lombaire diminue. Au niveau pelvien, la
bascule postérieure des iliaques entraîne une contre nutation du sacrum qui
libère la charnière lombo-sacrée. Cette position favorise la composante
musculaire de rotation externe des hanches et diminue l’impaction
coxo-fémorale. La transmission des forces aux membres inférieurs n’est pas
confortable, l’action musculaire pelvi-fémorale entraîne une légère flexion de
genoux qui s’accompagne du recul des appuis plantaires vers les talons.
Ainsi, toutes les atteintes sues et sous
jacentes ou du pelvis lui-même influenceront fortement la version pelvienne.
Nous recensons brièvement : les variations morphologiques liées à la race
et à l’adiposité ou encore au sport pratiqué, les lésions telles que la
dysfonction sacro-iliaque, la différence de longueur de membre inférieur la
dysplasie de hanche, la hernie lombaire ou encore le spondylolisthésis. La revue
des outils de mesure actuellement utilisés (Inclinomètres, goniomètres,
radiographie, vidéométrie, test de Huc…etc.) met en évidence quelques lacunes.
D’une part les outils utilisés à cette tache sont complexes, peu pratiques et
coûteux. D’autre part il ne semble pas exister d’outil de mesure spécifique et
fiable de la version pelvienne. La pauvreté du domaine a motivé ce travail de
fin d’étude.
Les conditions auxquelles doit répondre un
nouvel outil sont les suivantes:
-
Ne
pas être nocif ;
-
Permettre
une évaluation directe de la version pelvienne, en statique et en
dynamique ;
-
Exprimer
la version bilatéralement ;
-
Exprimer
une mesure valide et fiable de la version ;
-
Mesurer
la version dans un contexte physiologique sans contrainte mécanique ;
-
Pouvoir
donner directement la mesure, sans calculs ;
- Etre simple d’emploi et sans
processus long ;
-
Etre
facilement transportable ;
-
Ne
pas être coûteux.
L’ensemble des réponses théoriques apportées
conditionne la conception du nouvel outil de mesure. Les questions suivantes se
posent alors :
-
Comment
ont été conçus l’outil et son échelle de mesure ?
-
Comment
les utilise- t-on ?
-
L’outil
a-t-il une bonne validité interne?
-
Est-il
fidèle entre différents utilisateurs et entre différents temps d’utilisation?
-
Est-il
concurrentiel par rapport aux outils et moyens actuels ?
Le concept et le mode d’emploi du
nouvel outil prennent en compte l’ensemble des particularités relevées sans
réitérer les erreurs des outils qui lui ont précédé. La méthode de mesure est
basée sur la trigonométrie du Théorème de Pythagore. L’outil se compose de
deux parties : une partie portée par le sujet et une partie appliquée
verticalement face au sujet. Ce dernier est équipé d’une sangle munie de deux
lasers alors que la paroi porte les échelles de mesures exprimées en degré. Les
projections lasers indiquent le degré de la version pelvienne.
Le mode d’emploi de l’outil a été
conçu en accord avec la mobilité plurisegmentaire du pelvis et l’ensemble des
translations et oscillations inhérentes aux mouvements. Il se décompose en
quatre temps permettant le placement de l’outil et du sujet pour optimaliser la
prise de mesure en évitant un maximum de biais (Distance laser/paroi, l’écart
des pieds, les consignes de mouvements, correction de la chute corporelle,
correction du mouvement, etc.).
La crédibilité de l’outil, de son
concept, de son mode d’emploi et l’analyse de différents biais a été
soumise à un protocole expérimental de méthodologie rigoureuse et à une analyse
statistique adaptée.
La validité interne de l’outil a été
vérifiée en deux temps : l’outil en lui-même puis l’outil par rapport à la
version. Nous avons comparé l’outil au goniomètre de Labrique® dans des
conditions optimales de rotation. La corrélation est parfaite, les statistiques
ne sont pas nécessaires puisque toutes les valeurs sont identiques. Cette
validité a ensuite été vérifiée dans les conditions réelles de la version en
appliquant le mode d’emploi. Cette étape a été testée par radiographie. Le
placement en position neutre et la position des lasers par rapport aux cavités
cotyloïdes ont été contrôlés et estimés très satisfaisants. La même étude
radiographique a permis de vérifier leur stabilité durant des mouvements
unidirectionnels puis bidirectionnels. Cette épreuve dynamique a été réussie
sous réserve que le sujet ne réalise pas de déhanchements parasites.
Enfin, un protocole complexe a été
mis en place pour vérifier la fiabilité de l’outil et sa concurrence avec un
standard de digitalisation tridimensionnelle : le logiciel Winlab©.
L’étude s’est portée sur un échantillon de 40 sujets constitué de jeunes
étudiants en kinésithérapie. Une discussion critique des résultats et de leur
analyse statistique a permis d’affirmer la bonne fiabilité intra et inter
examinateur de l’outil par un coefficient de corrélation intra class moyen de
0,98 entre chaque position.
Le même procédé a permis d’évaluer la
concurrence des mesures entre notre outil et les mesures de Winlab©. Le
coefficient intra-class liant les deux ensembles de mesures est de 0,97 en
antéversion, de 0,87 en rétroversion et enfin de 0,74 en position neutre. La
concurrence des mesures est donc très satisfaisante.
Le logiciel a également permis de
mettre en relation l’évolution de paramètres importants de la version pelvienne
avec les mesures de l’outil. Les résultats observés entre les mesures et
l’inclinaison des épines iliaques supérieures, l’angle pelvi-fémoral et le test
de Huc ont tous montré une évolution respectueuse de la biomécanique qui les
lie à la version mesurée. L’analyse des biais positionnels (position des bras
et ouverture des pieds) a permis d’observer certaines différences sans mettre
en évidence de réels problèmes.
En conclusion, il convient de faire
le point sur la crédibilité de l’outil de mesure inventé et de préciser
l’intérêt des mesures effectuées :
Ce travail de fin d’études a permis
de concevoir un nouvel outil de mesure de la version pelvienne dont la validité
et la fiabilité sont scientifiquement et statistiquement vérifiées. Notons que
cette fiabilité est le résultat du suivi rigoureux de chacun des temps prévu
par le mode d’emploi.
Ce travail a également été l’occasion d’établir une
nouvelle norme de la version pelvienne pour l’échantillon de notre étude :
la position de repos physiologique varie entre 4,33° d’antéversion et 2° de
rétroversion avec une moyenne à 0,57° d’antéversion. Les mouvements maximaux
d’antéversion se moyennent à 8° pour une valeur maximale de 17° et les
mouvements maximaux de rétroversion se moyennent à 10° pour une valeur maximale
de 21°.

