Haute Ecole Robert Schuman
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Les tests isocinétiques sont-ils
prédictifs des lésions musculaires aux ischio- jambiers ? Analyse sur une population de 29
joueurs de football professionnels. Nicolas
GIVRY – Haute Ecole Robert Schuman de Libramont – mémoire juin 2008 Résumé : L’objectif de cet article a été d’apprécier la possibilité de prédire par un test isocinétique la survenue d’une lésion musculaire des ischio-jambiers chez les joueurs de football professionnels avant le début de la saison sportive. Méthode - Nous avons réalisé une étude rétrospective concernant 29 joueurs de football professionnels (25 ans ±4,5 ; 75,4 kg ±5,8 ; 181 cm ±4,6) ayant tous réalisé un test isocinétique avant la saison sportive. Nous avons recensé les lésions musculaires des ischio-jambiers survenues durant la saison. A partir des
résultats obtenus lors du test, nous avons analysé les paramètres
suivants : le moment de force maximum (MFM) des ischio-jambiers (IJ) et
du quadriceps (Q) en mode concentrique (conc) et excentrique (exc), le ratio
conventionnel (IJ conc /Q conc) à 60°/s et 240°/s, le ratio fonctionnel (IJ
exc 30°/s /Q conc 240°/s) et les angles de MFM en excentrique des IJ. Nous avons comparé ces paramètres
pour les deux jambes, pour les jambes dominantes et non dominantes et pour
les joueurs blessés et les non blessés. Résultats - Trois joueurs ont présenté une lésion musculaire aux ischio-jambiers. L’arrêt sportif a été respectivement de 3, 7 et 9 semaines. Il fut constaté un nombre important de sujets non lésés avec des paramètres isocinétiques anormaux. Les paramètres isocinétiques étudiés ne diffèrent pas significativement entre les joueurs lésés et les non lésés. Conclusion - Les paramètres isocinétiques étudiés n’ont pas permis de prédire dans notre étude la survenue de lésion musculaire des IJ durant une saison sportive. L’origine multifactorielle de ces lésions ne permet pas de se limiter aux paramètres isocinétiques. Mots clés : isocinétique, prévention, lésion musculaire, ischio-jambiers, football. Abstract : The aim of this article was to estimate the
possibility of predicting through an isokinetic assessment the occurrence of hamstring injuries in professional soccer
players before the beginning of the season.
Method - We conducted a retrospective
study on 29 professional soccer players (25 years ±4,5; 75,4 kg ±5,8; 180 cm
±4,6), all having carried out an isokinetic assessment before the season. We
listed the number of hamstring injuries which occurred during the season. We
examined the results obtained and analyzed the parameters: peak torque of
hamstring (H) and quadriceps (Q) in concentric (conc) and eccentric (ecc)
mode, the conventional ratio (H conc /Q conc) at 60°/s and 240°/s, the
functional ratio (H ecc 30°/s/Q conc 240°/s) and angles of peak torque out of
eccentric of the H. We compared these parameters on the two legs, the
dominant and nondominant legs in both injured and non-injured players. Results – Three players presented a
hamstring injury. The practiced sport had stopped respectively for 3, 7 and 9
weeks. A significant number of players were not injured in spite of abnormal
isokinetic parameters. The isokinetic parameters which were studied did not
significantly differ from injured players to non-injured players. Conclusion - The isokinetic parameters were
not revelant enough to predict in our study the possbility of hamstring
injuries during a sporting season. The origin of multiple risk factor
injuries does not make it possible to
limit the study to isokinetic parameters. Key
words :
isokinetic, prevention, hamstring injury, football. 1. Introduction Le football représente l’un des sports les plus populaires et médiatiques. Depuis quelques années, l’argent investi dans les clubs a influencé considérablement l’organisation et l’évolution du football professionnel. Les exigences du haut-niveau, la densité des matchs et la pression du résultat se sont accentuées [1, 2, 3, 4]. Lors d’une saison, les joueurs sont fortement exposés aux risques traumatiques ; suivant les statistiques, trois joueurs sur quatre encourent des risques de blessures [5, 6, 7]. La lésion musculaire aux ischio-jambiers (IJ) constitue le risque traumatique le plus fréquemment rencontré dans la pratique du football professionnel [8, 9, 10, 11]. Rochcongar et al [8] constatent 44% de lésions musculaires sur l’ensemble des traumatismes dont 40% au niveau des ischio-jambiers, lors d’une enquête prospective sur 18 mois auprès de clubs professionnels de division 1 et 2 en France. Soit 11% de l’ensemble des blessures dans une étude de Dadebo et al. [12]. De plus, en analysant la littérature [8, 13,14], la proportion de lésions musculaires aux ischio-jambiers manifeste une augmentation relativement importante depuis vingt ans: Ekstrand et al. en 1980 [15] constatent que sur l’ensemble des lésions musculaires, 18% de celles-ci sont aux ischio-jambiers, 23 à 33% selon Bryand en 1989 [16], 33% selon Dadebo et al. en 1999 [12], et 42% selon Morgan en 2001 [17]. Ce sont souvent les muscles bi-articulaires comme les ischio-jambiers qui sont lésés, car plus étirés [18, 19]. Dans un rôle de muscle freinateur de l’extension du genou et de la flexion de hanche, il faut qu'ils soient très solides pour résister aux forces importantes qui s'appliquent sur eux lors du sprint ou de la frappe de balle. Woods et al. [10], constatent dans 91% des cas, un mécanisme lésionnel indirect : c'est-à-dire indépendamment de contact physique avec les autres joueurs. La lésion
survient suite à un mécanisme
d’hyper-étirement des fibres musculaires et des structures conjonctives [20],
dépendant du degré, de la vitesse et la force du traumatisme [19]. Elle survient en majorité (57%) lors de la course [10, 21, 22] et principalement au cours des matchs [5, 8,
10, 23]. La localisation des lésions précise que le muscle biceps fémoral
serait préférentiellement lésé [21]. Selon Woods et al [10], il serait
atteint dans 53% des lésions aux ischio-jambiers. Les facteurs de risque associés que nous retrouvons dans la littérature exposent un panel impressionnant et diversifié, pouvant être extrinsèques et/ou intrinsèques. Les principaux facteurs extrinsèques sont : l’échauffement [20, 24, 26], le poste occupé [10, 20], l’orientation et la qualité des entraînements [12, 20, 25, 26], un nombre important de matchs [2, 5, 7, 20, 27], la répétition d’efforts excentriques [20, 28, 29]. Les principaux facteurs intrinsèques sont : la raideur des IJ [20, 30, 31, 32], la fatigue musculaire [10, 20, 25, 33, 34, 35], un déséquilibre de l’architecture intramusculaire des IJ [19, 24, 30, 36, 37], la technique gestuelle [24,34], un problème de coactivation [22, 38], un antécédent de lésion musculaire des IJ [5, 26, 28, 29, 33, 39, 40, 41, 42, 43], une rééducation inadéquate [26, 44], l’âge [5, 10, 26, 42, 43, 45], une dissymétrie musculaire [35, 41, 46, 47, 48], une diminution de force musculaire des IJ [32, 33, 49], un déplacement de l’angle d’efficacité maximum en excentrique [29, 50]. Toutefois, l’un de ces facteurs, le déséquilibre de force entre les fléchisseurs et extenseurs du genou, est cité dans plusieurs études [20, 22, 33, 49, 51]. Ce paramètre est l’un des plus intéressants mais surtout l’un des plus faciles à étudier, du fait qu’il soit quantifiable et éventuellement corrigeable avant le début de la saison. Depuis quelques années, les évaluations isocinétiques sont classiquement réalisées avant le début de la saison sportive pour les joueurs de football professionnels, afin d’objectiver par des données métriques leur équilibre musculaire. Cependant, le constat de tous ces facteurs de risques décrits dans la littérature invite à s’interroger sur la légitimité des évaluations isocinétiques pour prédire la survenue des lésions aux ischio-jambiers, de même que sur la pertinence des valeurs normatives sur lesquelles nous nous référençons. A ce jour, plusieurs études [18, 33, 40, 50, 51, 52, 53, 54, 55] concernant les joueurs de football professionnels ont été réalisées mais celles-ci ne permettent pas d’établir un consensus sur le caractère prédictif des paramètres isocinétiques et notamment sur le rapport des moments de force maximaux (MFM) entre les ischio-jambiers et le quadriceps. Des valeurs normatives de 0,60 à vitesse lente (60°/s) et de 0,70 à vitesse rapide (240°/s) ont été établies pour le ratio conventionnel (IJ conc/Q conc) [5, 51, 53, 55, 56]. Par contre, en ce qui concerne le ratio fonctionnel (IJ exc/Q conc), il n’existe pas de concensus sur la définition d’une vitesse standard. Certains auteurs utilisent ce ratio avec des vitesses homologues [40, 41, 53] alors que Croisier et al. [33, 57] ont mis en place un ratio avec des vitesses distinctes : 30°/s pour les IJ en excentrique et 240°/s pour le Q en concentrique, et définissant 0,80 comme valeur de référence non pathologique [51]. Ainsi, cette étude aura pour objectif de vérifier si les paramètres isocinétiques mesurés et les normes établies lors d’un test d’évaluation isocinétique permettent de prédire la survenue d’une lésion musculaire des ischio-jambiers chez les joueurs de football professionnels durant une saison sportive. 2. Matériel et méthode 2.1.
Population Dès le départ, notre étude portait sur un club de Ligue 1, mais des biais identifiés dans le protocole d’évaluation n’ont pas permis de présenter les résultats. De ce fait, la recherche clinique de cette étude rétrospective porte sur 29 joueurs de football professionnels issus d’un club de Ligue 2. L’âge varie de 19 à 34 ans avec une moyenne de 25 ans. En ce qui concerne le poste occupé sur le terrain, il y a cinq attaquants, douze milieux, dix défenseurs et deux gardiens. Tous ont réalisé, fin Juin 2007, une évaluation isocinétique avant le début de la saison sportive. Celle-ci a été effectuée par le même opérateur, avec le même appareil isocinétique. Par la suite, les joueurs ont été suivis sur le plan clinique de Juillet 2007 à Mai 2008, par les kinésithérapeutes et le médecin du club. Les lésions musculaires des ischio-jambiers survenues durant la saison sportive ont été diagnostiquées cliniquement par le médecin du club et confirmées systématiquement par un examen échographique. La sévérité de ces lésions a été établie en référence à la classification établie par un groupe d’expert désigné par la fédération internationale du Football Association Medical Assessment and Research Centre (2005) [58]. Ainsi cette sévérité est qualifiée de : légère (0 jour d’arrêt sportif); minime (1 à 3 jours); moyenne (4 à 7 jours); modérée (8 à 28 jours); sévère (>28 jours). Les lésions musculaires des ischio-jambiers et les durées d’arrêt sportif ont été répertoriées et déterminées par le médecin du club. 2.2.
Matériel et procédure isocinétique L’évaluation isocinétique a été réalisée à l’aide d’un dynamomètre Cybex® Norm. Le fonctionnement de ce type d’appareil d’isocinétisme permet de mesurer le couple de force créé par la force et son bras de levier au niveau de l’axe du dynamomètre. Il repose sur deux principes biomécaniques [51, 59, 60, 61] : la maîtrise de la vitesse et l’auto-adaptation de la résistance. La vitesse est définie par rapport à l’angle du segment du membre, donnant une vitesse angulaire (°/s). L’asservissement de la résistance présente l’avantage de connaître le couple de force maximum sur toute l’amplitude articulaire, en dehors des phases d’accélération et de décélération. Les joueurs ont été testés à distance d’un effort intensif et de toute compétition. Le joueur effectue un échauffement de dix minutes sur tapis roulant (8 km/h). Ensuite, il s’installe sur le dynamomètre. Cette étape nécessite une rigueur dans la mise en place du matériel pour assurer la fiabilité et la reproductibilité des mesures. Le joueur est installé en position assise hanche à 90° de flexion, puis il est sanglé au niveau du thorax, de la cuisse et de la partie distale de la jambe testée. La jambe controlatérale n’est pas sanglée au niveau de la partie distale de la jambe. L’axe du dynamomètre est positionné en regard de l’axe du genou et l’appui résistif est placé au-dessus de la cheville. L’amplitude angulaire pour les mesures a été fixée à 100° de flexion du genou par rapport à l’extension active maximale (0° de flexion). La correction de la gravité est prise en compte et le dynamomètre est étalonné selon les procédures du constructeur. Un échauffement est réalisé afin de familiariser le joueur aux mouvements concentriques des fléchisseurs et des extenseurs à 180°/s avec des contractions sous-maximales. Le feedback visuel permet au sujet de s’approcher d’un effort maximal pendant ces essais. Le test se déroule avec un encouragement verbal: § sur un mode concentrique pour les ischio-jambiers (IJ) et le quadriceps (Q) : - 3 répétitions à 60°/s (vitesse lente) ; - 40 secondes de repos ; - 5 répétitions à 240°/s (vitesse rapide) ; - 45 secondes de repos.
- 3 répétitions à 30°/s ; - 1 minute de repos ; - 3 répétitions à 120°/s. Avant chaque série du test, il y a 3 essais de familiarisation de la vitesse avec des contractions sous-maximales. Le travail est effectué pour les deux jambes, avec environ trois minutes de repos entre chaque côté, le temps de mettre en place le matériel. Les paramètres recueillis pour
l’analyse sont d’ordre graphique et quantitatif : Les paramètres graphiques : Ils se caractérisent par l’enregistrement des courbes des moments de
force, à partir des paramètres suivants : en ordonnée le couple de force et
en abscisse la position angulaire [62]. Les paramètres quantitatifs : Il s’agit des valeurs chiffrées de différents paramètres enregistrés lors de la réalisation du test [52]. § Le moment de force maximum (MFM) : des fléchisseurs et extenseurs du genou, en fonction de la vitesse angulaire et du mode de contraction, exprimé en Newton-mètre (Nm), § Le rapport
agoniste/antagoniste : - le ratio conventionnel, MFM IJ (conc)/ MFM Q (conc), de chaque membre inférieur à 60°/s et 240°/s. - le ratio fonctionnel, MFM IJ exc(30°/s) / MFM Q conc(240°/s), exprimé en pourcentage (%). § L’angle d’efficacité maximale : en excentrique et concentrique des fléchisseurs du genou et en concentrique des extenseurs. Il caractérise la position angulaire correspondant au moment de force maximum et s’exprime en degrés (°). § La comparaison bilatérale des paramètres ci-dessus : cela permet de mettre en évidence une éventuelle asymétrie entre les deux jambes, entre la jambe dominante et la jambe non dominante, la jambe dominante étant considérée comme la jambe de frappe, et entre les joueurs blessés et les non blessés. Traitement statistique :
% 3. Résultats Sur l’ensemble
des 29 joueurs inclus dans l’étude, 3 d’entre eux ont présenté au cours de la
saison une lésion musculaire des IJ. La localisation des lésions était unilatérale : 3 du côté gauche (jambe non dominante) avec un retentissement sportif important, puisqu’il fut observé une lésion modérée (8 à 28 jours) et deux lésions sévères (> 28 J).
Les lésions sont survenues au cours des matchs, deux sur une accélération (en février) avec une reprise des matchs à 7 et 9 semaines, et un sur une talonnade (en novembre), nécessitant un arrêt de 3 semaines. L’analyse des échantillons de cette étude ne montre pas de différence significative (p < 0,05) concernant les paramètres anthropométriques, entre le groupe des joueurs lésés (JL) : 181 cm ±4,6, 75 kg ±9,5, 25,1 ans ±4,7 et le groupe des joueurs non lésés (JNL) : 181 cm ±4,7, 77 kg ±5,5, 25,3 ans ±4,7, ce qui rejoint la littérature, sauf pour l’âge, où certaines études désignent ce paramètre comme un facteur de risque [5, 10, 27, 43, 44, 46]. L’analyse des paramètres isocinétiques étudiés (ratios conventionnels, ratio fonctionnel) objective un nombre important de joueurs avec des paramètres anormaux (Figure 1). Statistiquement, il n’y a pas dans le groupe des blessés plus de joueurs avec des paramètres isocinétiques anormaux par rapport au groupe des non blessés. Les résultats montrent 2 joueurs blessés sur 3 avec des valeurs inférieures à la norme du ratio fonctionnel (0,80) : 67% des jambes droites (D) et gauches (G), et 17 joueurs non blessés sur 26 présentent un ratio fonctionnel anormal, (65% des jambes D et 58% des jambes G). Concernant le ratio conventionnel à 60°/s, les joueurs lésés présentent 33% des jambes D avec des valeurs inférieures à la norme standard (0,60) et 0% à G (côté lésé) ; 27% des jambes D et 35% des jambes G pour les joueurs non lésés. Et enfin, pour le ratio conventionnel à 240°/s, les joueurs lésés présentent 33% des jambes D et G, avec des valeurs inférieures à la norme standard (0,70) ; 27% des jambes D et 54% jambes G pour les joueurs non lésés. L’étude des ratios isocinétiques (Tableau 1) ne met pas en évidence de différence statistiquement significative (p < 0,05) entre les joueurs non lésés (JNL) et les joueurs lésés (JL), ni entre les jambes lésées et les jambes controlatérales saines. La moyenne du ratio fonctionnel (IJ exc/Qconc) est : à gauche : JNL: 0,79 - JL : 0,75 et à droite : JNL : 0,76 - JL : 0,77 La moyenne du ratio conventionnel (IJ conc/Q conc) à gauche (côté des lésions) est à 60°/s: JNL: 0,63 - JL: 0,72 et à 240°/s: JNL: 0,68 - JL: 0,75. Pour les joueurs non lésés, les résultats obtenus pour le ratio
conventionnel à 60°/S et 240°/s se trouvent dans les normes (0,60 et 0,70) et
ne présentent pas de différence significative entre les jambes D et G, avec
un déficit de 3% (60°/s) et 9% (à 240°/s) pour la jambe G. Et entre les
jambes dominantes et non dominantes, le déficit est de 6% (60°/s) et 8%
(240°/s) pour la jambe non dominante, ce qui représente une différence non
pathologique. De même, pour le ratio fonctionnel, la différence est non significative entre les jambes D et G (4%) et entre les jambes dominantes et non dominantes (2%). Par contre, les valeurs sont sensiblement inférieures à la norme de 0,80 (0,79 à gauche et 0,76 à droite). Concernant les joueurs blessés, appelés respectivement joueur 1, 2 et 3, nous n’observons pas de différence significative entre le ratio conventionnel des jambes lésées et des jambes controlatérales saines (Tableau 2). Ce ratio est même légèrement supérieur pour les jambes lésées pour les joueurs 1 et 2, avec respectivement 3% (à 60°/s) et 15% (à 240°/s) pour le joueur 1, et 2% (à 60°/s) et 5% (à 240°/s) pour le joueur 2. Le joueur 1 (J1) présente pour la jambe droite des ratios (0,56 à 60°/s et 0,64 à 240°/s) en-dessous des normes standard (0,60 et 0,70). Alors que pour la jambe gauche, à 60°/s, il présente un ratio de 0,66, ce qui est supérieur à la norme ; par contre à 240°/s, le ratio est également de 0,66, ce qui est inférieur à la norme. Le joueur 2 (J2) présente des ratios conventionnels normaux à droite (0,74 à 60°/s et 0,74 à 240°/s) et à gauche (0, 75 et 0,78). De même, pour le joueur 3 (J3), les ratios conventionnels sont normaux à droite (0,81 et 0,85) et à gauche (0, 75 et 0,82). Par contre, le déficit est de 8% (à 60°/s) et 4% (à 240°/s) pour la jambe gauche lésée. En ce qui concerne le ratio fonctionnel (Tableau 2) : le joueur 1 présente un déficit de 11% du côté lésé (0,85) par rapport au côté sain (0,94) ; toutefois le ratio du côté lésé se trouve dans des valeurs normales (> 0,80). Ce qui n’est pas le cas pour le joueur 2, qui présente un ratio déficitaire de 5% du côté lésé avec des ratios en dessous des valeurs normatives des deux côtés (0,76 à droite et 0,73 à gauche). Pour le joueur 3, le ratio fonctionnel présente des valeurs très faibles des deux côtés (0,60 à droite et 0,67 à gauche), significativement en dessous de la valeur normative avec un déficit de 10% pour la jambe droite. Lorsque l’on analyse le moment de force maximum par rapport au poids du joueur (MFM/poids) pour les IJ en excentrique : Les joueurs non lésés affichent une faible différence du MFM/poids en
excentrique pour les IJ entre les jambes D et G : 3% (à 30°/s) et 5% (à 120°/s) et entre les jambes
dominantes et non dominantes 3% (à
30°/s) et 0% (à 120°/s). Pour les joueurs blessés 1 et 2, on ne constate pas de déficit pour les jambes lésées (Tableau 3). Les valeurs des jambes lésées sont même supérieures aux valeurs des jambes non lésées. A 30°/s, les jambes lésées sont supérieures de 11% (J1) et 14% (J2) aux jambes non lésées et à 120°/s, 8% (J1) et 9% (J2). Par contre, le joueur 3, présente des déficits du côté lésé, à 30°/s (10%) et 120°/s (4%). La comparaison des mesures du MFM/poids
à 30 et 120°/s en excentrique des IJ (Tableau 4), montre également des
valeurs bilatérales supérieures pour les joueurs lésés par rapport aux
joueurs non lésés. La comparaison de l’angle d’efficacité maximum (AEM) en fonction des
vitesses angulaires et des modes de contractions, n’objective pas de
différence significative entre les joueurs lésés et non lésés. Pour les ischio-jambiers en excentrique, à 30°/s on retrouve : 15°
à D et 17° à G pour les joueurs lésés (JL) et 20° à D et 19° à G pour les
joueurs non lésés (JNL). A 120°/s, JL : 22° à D et 24°à G et
JNL : 24° à D et 23° à G. Tableau 1 : Comparaison des ratios isocinétiques entre joueurs non lésés vs
joueurs lésés.
Tableau
2 : Comparaison bilatérale des ratios isocinétiques
des sujets lésés.
Tableau
3 : Comparaison bilatérale du MFM/poids en
excentrique des IJ chez les sujets lésés
Tableau
4 : Comparaison bilatérale du MFM/poids en excentrique
des IJ entre les sujets non lésés et lésés.
4. Discussion Les ischio-jambiers sont extrêmement sollicités dans le football. Comme nous l’avons vu précédemment, ils constituent le principal risque lésionnel. Woods et al. [10] démontrent davantage de lésions musculaires aux ischio-jambiers chez les footballeurs de haut-niveau que dans les divisions amateurs, constat contradictoire au regard de l’évolution des moyens humains et techniques mis en place dans l’accompagnement des joueurs professionnels. Le football professionnel fait de plus en plus appel à l’outil de mesure pour contrôler et orienter son travail. Les évaluations isocinétiques rentrent dans ce cadre. Elles permettent une analyse précise, reproductible, et surtout quantifiable. Mais en contrepartie, l’existence de nombreux facteurs de variabilité nécessite une installation et un protocole d’évaluation rigoureux [48, 51, 60, 61]. L’analyse des résultats de notre étude fait ressortir un premier élément majeur : un pourcentage important de joueurs non blessés présentent des ratios isocinétiques conventionnels (entre 27 et 54% des jambes) et fonctionnels (65% des jambes droites et 58% des jambes gauches) anormaux. Selon de nombreuses
études [18, 23, 25, 33], le ratio conventionnel présente un intérêt
discutable, étant considéré peu fonctionnel. Dauty et al. [53], dans une
étude sur des joueurs de Ligue 1, ne constatent pas de différence entre les
joueurs lésés et non lésés. Notre étude confirme leurs propos, ne
trouvant pas de différence significative (p < 0,05) entre les groupes. Cependant, Orchard et al. [55] ont conclu, à partir d’une
étude réalisée chez des footballeurs australiens que le ratio IJ (con)/Q
(con) évalué en concentrique à 60°/s représentait un facteur prédictif des
lésions aux ischio-jambiers. De même, Cameron et al. [54] confirment le caractère prédictif de ce ratio à
60°/s, mais avec une valeur normative de 0,66. Alors que Bennel et al. [40] ne retrouvent pas non plus
de lien après une étude prospective d’une population de plus de 100
footballeurs australiens. Selon
notre étude, les valeurs moyennes retrouvées chez les
joueurs lésés, correspondent aux valeurs normatives. De plus, elles sont
supérieures aux valeurs des joueurs
non lésés, ce qui confirme le caractère peu discriminatif de ce ratio. Depuis quelques années, l’étude du rapport MFM IJ (exc)/MFM Q (conc) démontre qu’il se rapproche davantage de la physiologie musculaire et de l’activité mécanique de ces muscles [23, 51, 57]. Selon
les études de Croisier et al. [25, 33, 51, 57], le ratio fonctionnel IJ
exc (30°/s)/Q conc (240°/s) est davantage discriminant que le ratio
conventionnel pour prédire la survenue des lésions musculaires. Dans une de ces études [33], sur 26 athlètes de sports distincts, le ratio conventionnel ne distingue pas de différence significative entre un groupe de sujets lésés et un groupe de sujets non lésés, alors que le ratio fonctionnel IJ exc (30°/s)/Q conc (240°/s) distingue des ratios significativement réduits pour les sujets lésés. Or, dans notre étude nous ne retrouvons pas de différence statistiquement significative (p < 0,05) entre les valeurs des jambes lésées (0,74) et des jambes controlatérales saines (0,77). L’analyse de la valeur moyenne des jambes lésées (0,74) démontre un résultat légèrement en dessous de la valeur normative (0,80), ce qui pourrait confirmer l’hypothèse d’une valeur de référence pertinente. Cependant l’analyse des valeurs moyennes des joueurs non lésés (0,79 à G et 0,76 à D) objective également des résultats sensiblement inférieurs à la norme. A contrario, l’un des joueurs lésés, présente une valeur de 0,85 sur le côté lésionnel, ce qui est censé caractériser une valeur non pathologique. Il en résulte que ces résultats ne confirment pas la légitimité de cette valeur normative de 0,80. Par conséquent, dans notre étude, les mesures du ratio fonctionnel et la norme établie ne permettent pas de prédire la survenue de lésions musculaires aux ischio-jambiers. D’autre part, dans les travaux de Croisier et al., cette norme a été établie lors de l’élaboration du ratio mixte : IJ exc (30°/s)/Q conc (240°/s), qui concernaient une population standard non sportive. Or, pour de nombreux auteurs [19, 35, 41, 47, 48], le déséquilibre de force serait une conséquence de la spécificité de la formation en football. Par conséquent, il existe un manque de spécificité de ces valeurs de référence. D’ailleurs, les valeurs du MFM/poids obtenues lors d’une étude de Croisier et al. [51] sur une population non sportive (en concentrique : Q : 2,09 ; IJ : 1,14 à 60°/s ; et en excentrique : IJ : 1,41 N.m/kg à 30 et 120°/s) présentent des différences significatives avec celles retrouvées chez les footballeurs de notre étude (en concentrique: Q : 2,68 ; IJ : 1,97 à 60°/s et en excentrique IJ : 2,54 N.m/kg à 30 et 120°/s). De plus, les valeurs du MFM en excentrique des IJ se présentent à des positions angulaires comprises entre 10° et 30° de flexion du genou, alors qu’en concentrique des Q, celles-ci correspondent entre 55° et 85° de flexion, ce qui met en évidence une différence importante de la position angulaire entre les MFM des IJ et du Q. Aagaard et al. [63] constatent une augmentation du ratio fonctionnel au fur et à mesure que la position angulaire du genou se rapproche de l’extension. Ce qui induit que le ratio fonctionnel est dépendant de la position angulaire de l’articulation. Selon les travaux de Kellis et al. [64], pour améliorer la significativité de ces mesures, il serait intéressant de comparer les mesures de MFM dans une position angulaire comprise entre 0° et 40° de flexion, correspondant davantage à la position angulaire lésionnelle. En ce qui concerne les paramètres d’asymétrie, Croisier [51] définit un seuil déficitaire pathologique entre les muscles homologues, correspondant à 15% en moyenne en concentrique et de 12 à 18% en excentrique. Toutefois, dans la pratique, un seuil de 10% est couramment utilisé [55]. Dans notre
étude, les résultats obtenus
sont contraires aux normes établies, car la
comparaison du MFM/poids des IJ en excentrique entre les jambes lésées et les
jambes controlatérales saines ne permettent pas d’établir de déficit
significatif. Les valeurs des jambes lésées sont même supérieures (de 8 à
14%) aux jambes controlatérales saines pour deux joueurs lésés sur trois. Le troisième joueur lésé présente
un déficit de 4% (à 120°/s) et 10% (à 30°/s) du côté lésé, mais ces valeurs
sont censées caractériser une dissymétrie non pathologique. Ces résultats sont contradictoires à certaines
études [32,
33, 49, 55], qui justifient la survenue des lésions musculaires du côté le
plus faible, du fait d’une diminution de la force musculaire des jambes
lésées par rapport aux jambes non lésées. A l’inverse, une étude de Dauty et al. [53] corrobore nos résultats en
observant la survenue des lésions en cas d’asymétrie du côté le plus fort en
émettant l’hypothèse d’une sursollicitation du côté le plus fort afin de
compenser le côté le plus faible. De plus, les mesures du MFM/poids à 30 et 120°/s en
excentrique des IJ montrent des valeurs bilatérales supérieures pour les
joueurs lésés. Ce qui ne caractérise pas ce paramètre comme prédictif. L’analyse de l’angle d’efficacité maximale (AEM) des ischio-jambiers en excentrique à 30 et 120°/s n’objective pas de différence significative entre les joueurs lésés et non lésés (p < 0,05), Contrairement à certaines études [33, 50, 51], qui retrouvent un AEM plus important pour les IJ en excentrique chez les joueurs lésés. De plus, l’AEM présente une reproductibilité médiocre pour les ischio-jambiers [29]. Par conséquent, ce paramètre n’apparaît pas discriminatif pour prédire des lésions musculaires aux ischio-jambiers. Les paramètres
puissance et travail n’ont
pas été étudiés, car la littérature [41, 51] a démontré peu d’intérêt et de
reproductibilité de ces paramètres. En ce qui concerne les paramètres graphiques, ils nous permettent de vérifier l’implication et la compréhension du joueur par rapport à l’exercice demandé en observant la superposition des courbes lors des répétitions successives, ce qui nous permet d’apprécier la fiabilité des résultats obtenus. L’allure générale de la courbe permet également d’illustrer l’efficacité de la contraction musculaire dans différentes positions articulaires, ce qui nous donne des indices sur d’éventuels déficits ou lésions [62]. Par contre, la forme de la courbe varie en fonction de l’articulation testée, de la marque de l’appareil et du logiciel, mais aussi de la vitesse du mouvement et du mode de contraction évalué, ce qui constitue des facteurs de variabilité [48]. Selon Croisier et al. [62], la corrélation entre les courbes anormales et les lésions du genou présente un manque de fiabilité. Ainsi l’analyse des courbes ne permet pas d’établir de diagnostic. L’analyse de l’ensemble des résultats ne permet pas d’identifier des paramètres pouvant prédire la survenue des lésions musculaires aux ischio-jambiers. Les normes établies dans la littérature ne distinguent pas de différence significative entre les paramètres isocinétiques des joueurs lésés et non lésés. Des joueurs possédant des paramètres défavorables ne se blessent pas ; alors qu’à l’inverse, des joueurs avec des paramètres isocinétiques normaux ne sont pas protégés contre la survenue d’une lésion musculaire. Malgré un échantillonnage restreint et pourvu d’un nombre limité de lésions musculaires aux ischio-jambiers, cette étude constitue tout de même un indicateur représentatif du caractère non prédictif des paramètres isocinétiques. Cet état de fait démontre que se limiter au caractère prédictif des paramètres isocinétiques semble restrictif. Chaque individu est unique dans son fonctionnement biologique, psychologique et biomécanique, auquel il faut ajouter l’influence de l’environnement qui l’entoure. L’origine multifactorielle des facteurs de risque nous le démontre. L’établissement d’un registre spécifique sur les principaux facteurs de risque des lésions musculaires semble être la meilleure prise en charge préventive [65]. Une étude de Dvorak et al. [22] va dans ce sens. Ils ont recensé dix-sept facteurs de risque intrinsèques de hautes valeurs prédictives concernant les risques traumatiques dans le football. Il en ressort que les joueurs blessés présentent deux fois plus de facteurs de risque, ce qui conforte l’origine multifactorielle des lésions. Une autre limite de l’évaluation isocinétique est le caractère trop analytique et stéréotypé du mouvement, ne permettant pas de reproduire les conditions physiologiques dans lesquelles surviennent le plus souvent les lésions. De plus, les valeurs obtenues en début de saison correspondent à un moment précis de la saison. De nombreux facteurs peuvent influencer et faire varier ces valeurs au cours d’une saison (fatigue, entraînement, alimentation, état psychologique,…) Notamment dans notre étude où sur les 29 joueurs évalués, dix joueurs parmi lesquels figurait l’un des joueurs lésés ont effectué un programme de prévention sur Cybex®. A la fin de ce programme, il ne fut pas renouvelé de test, ce qui n’a pas permis d’analyse supplémentaire. Il semblerait intéressant de répéter le test durant la saison afin de connaître l’évolution des paramètres isocinétiques du joueur avant sa blessure, mais ceci semble peu réalisable. De plus, les méthodologies utilisées dans les différentes études (population, protocole, matériel, …) ne permettent pas d’établir un consensus sur un référenciel précis, spécifique au football. Notamment pour le ratio fonctionnel, l’absence de concensus ne définit pas une vitesse et une valeur limite standard. Croisier et al. [51] déterminent une valeur limite de 0,80 pour un ratio à vitesses distinctes, alors que certains auteurs, comme Dauty et al. [53], utilisent une valeur de référence de 0,60 pour un ratio fonctionnel à vitesse homologue. Ce sont justement ces états de fait qui rendent l’évaluation isocinétique difficile et non prédictive ; il existe trop de facteurs aléatoires. 5. Conclusion Dans cette étude, l’analyse des paramètres isocinétiques ne permet pas de prédire la survenue d’une lésion musculaire des ischio-jambiers pour les joueurs de football professionnels durant une saison sportive. Nul doute que les déséquilibres ou déficits musculaires peuvent être un facteur de risque quant à la survenue de lésions musculaires. Cependant, l’origine multifactorielle des blessures ne permet pas de légitimer ce seul paramètre comme élément prédictif. De plus, les facteurs de variabilité et la différence de méthodologie des tests isocinétiques rendent très difficile l’établissement de valeurs normatives adaptées à une élite sportive et spécifiques à chaque sport. Seules des études prospectives de grande envergure permettraient d’établir ces seuils de normalité. De même, un suivi et une répétition des tests d’évaluation durant la saison permettraient d’objectiver l’évolution de ces paramètres isocinétiques. Mais la réalité du terrain est tout autre quant à la possibilité d’effectuer plusieurs évaluations sur une même saison. Il me paraît davantage nécessaire de recenser avant la saison sportive l’ensemble des facteurs associés au risque d’une lésion musculaire aux ischio-jambiers, notamment les facteurs non métriques comme la technique de course, la nutrition, mais également d’associer au mieux la planification de la préparation physique au calendrier sportif. Bibliographie : 1.
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